De l'encre dans les veines

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 Résistance à la Nuit

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Restawen
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MessageSujet: Résistance à la Nuit   Jeu 27 Déc - 13:27

Coucou tout le monde! Ca fait longtemps que je ne suis pas passée sur le forum donc pour me rattraper je vous laisse la première partie d'une de mes nouvelles ( je n'ai pas pu la mettre entière car elle est trop longue! Rolling Eyes )... En attendant votre avis.

Résistance à la Nuit

Ce fut le seize juillet 1942 que tout commença réellement pour moi. A cette époque là, je venais d’atteindre mes quatorze ans et malgré la guerre, je gardai cette insouciance que l’on a à cet âge et qui me caractérisait tellement, d’après mes proches.
Bien sûr, j’étais parfaitement consciente des horreurs qui se déroulaient tout autour de moi, parfois même sous mes yeux. Comment ignorer le lointain grondement des avions qui bombardaient notre terre, comment détourner les yeux à la vue des soldats en déroute ou des files d’exilés ? Je n’étais pas futile au point d’éviter d’y penser ou de ressentir peur et tristesse; mais je me disais que je n’avais pas à m’en mêler, que malgré les trois années qui venaient de s’écouler en succédant invasions, attente, combats et trahison, le conflit serait tôt ou tard écrasé par les grandes forces de mon cher pays. Ce fut là ma première erreur, ma première désillusion.
Nous vivions alors non loin de Paris, mais en campagne. Mon père, Jean Moiriac, était revenu mutilé de la Grande Guerre – un obus lancé dans sa tranchée lui avait arraché une partie de la jambe et la main droites. Après quatre années passées en enfer, il voulut goûter enfin au calme et reconstruire son bonheur. Il était jeune, beau, et fiancé à une jeune fille aimante qu’il avait connue avant la guerre; aussi décida-t-il de fonder une famille et d’ériger une belle maison. Il se maria donc et s’installa dans un lieu paisible mais pas trop éloigné de la ville afin de pouvoir profiter de ses avantages. Il choisit un petit terrain aux abords du Bois de Boulogne, car c’était à cet endroit qu’il avait rencontré ma mère, Irina.
Elle était née en Russie puis était venue en France à l’âge de dix ans. A seize, elle avait rencontré par hasard mon père et s’était éprise de lui, mais la guerre les avait séparés. En
1919, lorsqu’ils se retrouvèrent, leur amour était aussi intense qu’aux premiers jours. Ils profitèrent longuement de leurs retrouvailles et de leur jeunesse et je naquis le vingt-cinq juin
1928, premier fruit de leur passion. Quatre ans plus tard, je fus rejointe par Nina, et deux ans après par Sofia.
Mes parents choisirent en un commun accord de nous donner des prénoms russes, en souvenir de la nationalité de ma mère, bien que nous fussions parfaitement françaises. Nous étions juives toutes quatre, mon père ne croyant à aucune religion, ce qui fut d’ailleurs le seul point de discorde de mes parents. Ma mère était très pieuse et elle remerciait chaque jour
Yahvé et son fils miséricordieux de lui avoir accordé tout ce bonheur.
Ils nous élevèrent donc dans un parfait mélange de ces deux cultures, nous apprenant surtout à être bonnes et justes en toutes occasions. Nous allâmes nous instruire dans une école de Paris jusqu’en 1939. Après cela, tout fut bouleversé par la guerre et je dus, avec l’aide de ma mère, faire la classe à mes deux jeunes sœurs. C’était un devoir, mais aussi et surtout un plaisir. Comme j’aimais voir leur petit visage tendus par la concentration tandis que je leur faisais réciter d’interminables poésies ou les tables de multiplication !... Chaque soir, après la « classe », je me retirais dans ma chambre et préparais les cours du lendemain avec autant de sérieux qu’une maîtresse d’école. Car c’était précisément ce que je voulais devenir dans le futur, mais je devais attendre que cette maudite guerre prît fin pour entreprendre les études nécessaires.
Pour moi, transmettre le savoir était une chose sacrée, noble; et mes parents eurent le même avis lorsque je leur révélai mon souhait. J’étais bonne élève, plutôt douée même, j’avais la réelle envie de devenir maîtresse et la bénédiction de mes parents, que vouloir de plus ? Simplement que la vie m’accordât ce désir, mais ce ne fut malheureusement pas le cas.
Lorsque j’entendis, le premier septembre 1939, notre antique poste de T.S.F. cracher la nouvelle de l’invasion de la Pologne par Hitler et la mobilisation de l’armée française, je sentis tous mes espoirs s’évanouir. Je devais alors aller en pensionnat à Paris, mais mes parents ne voulurent me laisser partir suite aux derniers événements. Je dus donc défaire les paquets que nous avions soigneusement préparés, tout ranger dans ma petite chambre, protéger les deux jolies robes que m’avaient offertes mes parents pour l’occasion, et oublier un instant tous ces projets d’avenir. J’étais très jeune, mais avais tellement hâte et envie d’apprendre davantage ! Je dus prendre mon mal en patience, et même si je ne le montrai pas, j’en souffris beaucoup.
C’est peut être à ce moment-là que j’acquis cette légère indifférence, ce désintéressement au monde extérieur puisqu’il était la cause de ma souffrance. Mon père nous parla un peu de ce qu’il avait du endurer pendant la Grande Guerre pour nous prévenir de ce fléau. A moi qui étais l’aînée, il vint dans ma chambre lorsqu’il fut certain que j’étais seule, et il me parla longuement des guerres, de la haine, de la violence et de la folie dont les hommes peuvent faire preuve parfois. Je bus ces paroles car je savais qu’elles étaient celles de la sagesse, mais ne parvins pas à réaliser totalement la vérité.
Depuis la fin juin 1942, nous hébergions un couple d’amis russe car, d’après mes parents, ils avaient quitté Paris pour venir se ressourcer ici. En réalité – je ne l’appris que plus tard en tendant l’oreille aux conservations des adultes – ils vivaient depuis longtemps à
Strasbourg mais l’avaient fui car ils s’y savaient menacés. C’est à cette période que j’entendis pour la première fois, en dehors du grésillement de la T.S.F., parler d’antisémitisme, d’ausweis, de faux papier et de résistance. Bien sûr, comme nous écoutions la B.B.C., j’avais entendu l’appel du Général de Gaulle, mais malgré moi tout cela glissait sur mon esprit comme s’il eût été imperméable.
Un jour de juillet, nous reçûmes la visite d’un homme qui m’était totalement inconnu. Il passa tout l’après-midi enfermé dans le salon avec mes parents et leurs amis, et quand il s’en alla le soir, leurs visages semblaient inquiets, tendus. Je ne prononçai aucun mot, mais mon regard suffit pour que mes parents vinssent me parler seuls à seule. Mon père me fit asseoir sur ces genoux et me dit :
- Ma grande, ta mère et moi pensons que tu es assez grande pour entendre la vérité. Malgré la guerre, nous sommes restés ici jusqu’à maintenant et je sais que tu as beaucoup souffert de cet isolement. Tous, en ce pays, croyaient que ce ne serait qu’une question de mois, mais voilà trois ans que le conflit a commencé et nous devons nous rendre à l’évidence : nous ne sommes plus en sécurité ici. Nous allons traverser la France jusqu’en Espagne et de là, si tout se passe bien, nous partirons aux Etats-Unis. C’est cet homme qui est venu aujourd’hui qui a tout organisé, et dans une semaine, ce sera le départ. Puis-je compter sur toi pour aider ta mère à tout préparer et à s’occuper de tes sœurs ?
- Oui papa, répondis-je, je ferai tout ce qu’il faudra. Mais avant je voudrais que vous m’expliquiez tout ce qui se passe.
Mon père jeta un coup d’œil à ma mère qui acquiesça d’un regard triste. Cette fois, ses mots martelèrent mon cœur et je sus qu’ils y resteraient gravés à jamais. Je n’aurais pu rester insensible en entendant sa voix grave et douce énumérer les actes des nazis et de leurs collaborateurs, gronder en me parlant d’Hitler et de son combat, et trembler en me révélant qu’il se sentait coupable de nous avoir exposé au danger en restant dans notre petite maison, aussi isolée fût-elle. Ce soir-là, je vis pour la première fois des larmes perler dans ses yeux gris-bleu dont j’avais hérité et c’est ce qui me bouleversa le plus. Je passai la nuit à songer à tout cela, à me dire que je devais être forte pour soutenir mes parents et laisser de côté mes déceptions de jeune fille.
Le lendemain, je sus que je n’étais plus la même. Quelques jours passèrent durant lesquels je pus assister aux discussions de mes parents et de leurs amis, où j’appris nombre de choses. Notre maison était sens dessus dessous car nous triions toutes nos affaires : nous avions décidé de n’emporter que ce qui était vraiment nécessaire. Nous ne sortîmes pas pour le quatorze juillet comme nous le faisions auparavant, mais nous le fêtâmes tout de même avec un bon repas que ma mère et Olga, son amie, avaient préparé à partir des produits de notre petit jardin. Nous étions tous dans une attente soucieuse du départ, et seules mes jeunes sœurs étaient vraiment joyeuses à l’idée d’un grand voyage jusqu’en Amérique, comme je leur avais dit. Nous devions partir dans la nuit du dix-sept au dix-huit juillet, prendre le train jusqu’en zone libre, passer en Espagne puis prendre le bateau pour traverser l’Atlantique, et tout cela avec une fausse identité. Tout semblait aller pour le mieux, mais en réalité, ce fut totalement l’inverse qui arriva.
Le seize juillet 1942, nous fûmes réveillés à l’aube par le grondement d’une automobile, le crissement des freins et le vacarme qui s’en suivit lorsque cinq policiers français accompagnés de deux soldats allemands forcèrent notre porte et surgirent dans la maison. L’un d’eux cria que nous devions rester silencieux, prendre quelques vêtements et les suivre sans résister. Pour nous montrer sa puissance, il tira de sa ceinture une arme qu’il pointa sur notre ami russe, puis il appuya sur la détente sans aucun scrupule, le blessant grièvement.
Jamais je ne parvins à oublier la fulgurante détonation du revolver, les cris d’Olga, les pleurs de ma sœur Sofia et la tache rouge qui s’agrandissait au milieu du salon. Après cela, les hommes nous lièrent les mains, ligotèrent ensemble mes sœurs et nous poussèrent non sans violence dans deux énormes et luisantes tractions noires. Ils jetèrent à nos côtés le corps inerte de notre ami puis partirent en laissant là trois d’entre eux, qui, je pense, dépouillèrent notre habitation. Le trajet fut bref mais je le passai le regard fixé sur le visage blême de ma mère qui avait fermé les yeux et mordait ses lèvres tremblantes. Imaginait-elle déjà ce qui nous attendait ?
Nous nous arrêtâmes dans le XVème arrondissement, plus précisément au Vélodrome d’Hiver. On nous poussa à l’intérieur et là, on trancha nos liens. Le choc fut immense lorsque je vis tout autour de moi des milliers de personnes qui semblaient aussi misérables que nous l’étions. La plupart d’entre elles portaient sur leurs vêtements en lambeaux l’étoile jaune de David, chose que nous n’avions pas faite puisque nous n’étions pas sortis de chez nous depuis la signature de l’armistice.
Les policiers nous indiquèrent d’un signe de tête de faire comme les autres puis se détournèrent et repartirent, sans doute à la recherche d’autres victimes, d’autres Juifs. Nous gardâmes le silence, échangeant à peine quelques regards épouvantés. D’ailleurs, autour de nous personne ne prononçait un mot si ce n’est à voix basse et très rapidement. Nous n’avions avec nous qu’une couverture, une paire de chaussure, une chemise et un pull chacun; mais je m’aperçus que rares étaient les personnes qui en possédaient autant.
Je vis des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards et beaucoup de blessés. Certains n’avaient que des égratignures mais d’autres, tel l’ami de mes parents, avaient de si vilaines plaies que nous sûmes immédiatement qu’ils étaient condamnés.
Pendant cinq interminables journées, nous vécûmes dans ce lieu sordide sans aucune nourriture et avec une unique petite fontaine crachant un liquide d’aspect brunâtre qui n’avait d’eau que le nom. Les blessés succombèrent, ceux qui tentaient de s’échapper étaient abattus sur le champ et il y eût une centaine de suicides.
Je voyais avec horreur le visage de mes sœurs pâlir et se fermer sous l’emprise de la peur tandis que leurs petits corps étaient secoués de tremblements, mais elles résistèrent tout de même. Ma mère les tenait serrées contre son cœur tandis que j’agrippais la main de mon père avec désespoir. Ils tentaient de nous rassurer mais je vis qu’ils étaient aussi terrifiés que nous, surtout depuis qu’ils avaient vu mourir Olga et son mari. Elle n’avait pas supporté la perte de son compagnon et s’était étranglée avec sa couverture. Le troisième jour, des médecins et infirmières de la Croix Rouge vinrent enlever les dépouilles et prodiguer quelques soins, mais leur intervention fut brève. Comment peuvent-ils tolérer cela ? me demandais-je sans cesse. Leurs visages affichaient un profond dégoût mêlé d’horreur, mais ils ne pouvaient rien faire et pour cause : les policiers français gardaient un œil attentif sur eux. Depuis l’aube du seize juillet, je n’avais pas revu un seul uniforme allemand.
Vraisemblablement, ils laissaient les Français faire leur sale besogne.
Ce fut ce jour-là qu’on nous sépara de mon père. Des miliciens vinrent, une liste à la main, appeler tous les hommes français qui n’étaient pas véritablement juifs, comme mon père. Nous ne sûmes pas à quel endroit ils les emmenaient, mais la séparation fut horrible.
Mes sœurs se mirent à pleurer tandis que ma mère retenait vainement ses larmes, et moi je restai pendant des heures comme pétrifiée, les yeux fixés sur la porte derrière laquelle j’avais vu disparaître la silhouette mutilée de mon père chéri. Une myriade de pensées et de questions tourbillonnait dans ma tête, mais je ne trouvai aucun réconfort, aucune réponse.
Les deux derniers jours, je les passai dans un état de semi conscience comme lorsqu’on a fait un cauchemar et qu’on ne voit pas tout à fait la réalité. Autour de moi il y avait à chaque instant de nouveaux malades, de nouveaux morts, mais je ne versai aucune larme afin d’être aussi courageuse que ma mère. Je sentis qu’en l’espace d’une seconde j’étais devenue adulte et par conséquent je devais veiller sur mes sœurs et nous rassurer comme l’aurait fait mon père. [...]


Dernière édition par le Ven 28 Déc - 23:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Jeu 27 Déc - 14:00

Je suis soufflée ... il n'y a pas d'autre mot pour exprimer ce que je ressens ...
tu écrit vraiment très bien ... (ce n'est pas pour rien que tu as publié un livre ...)
c'est vraiment très émouvant
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Jeu 27 Déc - 19:49

Tu écris très bien et as beaucoup de vocabulaire nécessaire pour écrire ce genre de nouvelle. J'avoue que c'est très bien raconté. Mais y'a des moments qui me font penser à "des listes de courses", avec les "donc", "pendant 5 jours", etc., je pense que tu peux encore mettre davantage de sentiments dans ce récit. voilà!
(au fait, tu as publié quoi comme livre?=)
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Ven 28 Déc - 1:15

Son livre = Ismène, la glorieuse (ou la petite réveuse) ^^
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Ven 28 Déc - 23:16

Merci pour vos commentaires, je les attendais un peu pour poster un bout de la suite!!
Shino, si tu veux des infos sur mon livre tu peux visiter mon site (lien dans ma signature) et tu sauras tout!

Partie 2 :

Le vingt juillet au soir, des centaines de policiers vinrent s’ajouter à ceux déjà présents et nous ordonnèrent de nous lever. Ils abattirent ceux qui n’en avaient pas la force puis nous crièrent des insultes en distribuant des coups autour d’eux. Je serai Nina contre moi comme ma mère le faisait avec Sofia tout en lui cachant les yeux, mais je ne pus détourner le regard de toutes ces horreurs. Je ne pouvais ni y croire, ni imaginer que ce n’était là qu’un avant-goût de ce qui nous attendait plus tard.
Enfin, les policiers sortirent à nouveaux d’interminables listes et nous appelèrent un par un. Quand nous entendîmes notre nom, nous nous avançâmes et présentâmes nos papiers d’identité à l’un des gardes qui ricana à l’adresse de ses camarades :
- Elles semblaient pourtant bien françaises… Encore un qui s’est consolé avec ces putains de juives russes !
Sur ces mots, il nous rendit nos papiers accompagnés de quatre étoiles jaunes puis nous fit signe de rejoindre une file de femmes et d’enfants derrière lui, non sans nous avoir jeté, à ma mère et à moi, un étrange regard qui mêlait désir et dégoût. J’eus soudain conscience de nos fines robes estivales sales et déchirées qui découvraient nos bras et nos jambes; et de mon corps qui s’étoffait.
Lorsque tout le monde eût été appelé, on nous escorta jusqu’à des autobus séculaires et l’on nous poussa à l’intérieur de ceux-ci sans se soucier du nombre de personne qui pouvaient y contenir. Nous fûmes transportés à Drancy, mais nous n’y restâmes que quelques jours. J’y appris que c’était un camp où le gouvernement de Vichy emprisonnait les juifs, étrangers ou non.
On nous compta mainte et mainte fois, puis après nous avoir laissé goûter aux horribles conditions de vie dans ces bâtiments entourés de barbelés, on nous dirigea à la gare du Bourget-Drancy. Là, nous fûmes entassés dans des wagons de marchandise avec moins de respect que si nous avions été des paquets puis le train s’ébranla, nous projetant tous les uns contre les autres. Dans la soirée, le train s’arrêta pour emporter d’autres « voyageurs » tant et si bien que nous dûmes rester debout sans pouvoir faire le moindre mouvement. Le convoi repartit dans la peur et la souffrance. Nous étions encerclés par les policiers français et quelques gardes S.S.
Pendant environ trois jours, nous dûmes supporter le manque d’eau, de nourriture, l’inconfort, la fatigue extrême et la peur des gardes qui nous menaçaient de fusillade à la moindre protestation. Enfin, le sinistre grincement des rails finit par s’arrêter lorsque le train s’immobilisa, mais pour les prisonniers ce ne fut guère un soulagement.
On nous poussa hors des wagons et nous vîmes des corps s’affaisser sur le plancher jonché d’immondices : certains n’avaient pas survécu au voyage, mais peut être fût-ce préférable pour eux. Nous nous trouvions au milieu de nulle part, dans un lieu où personne ne songerait venir. Les rails s’entrecroisaient jusqu’à une enceinte de pierre et de barbelés tranchants, percée de trois énormes portes donc la principale était surmontée d’une tour.
Je sentais mes sœurs trembler à mes côtés, de même que la main de ma mère dans laquelle j’avais glissé la mienne. Levant les yeux vers son beau visage, je vis qu’un masque blafard déformait ses traits et lus la terreur dans son regard. Je tournai la tête et, m’apercevant que ce même masque se peignait sur tous les visages, je compris qu’il devait en être de même pour moi.
Nous restâmes tous aussi immobile que cela était possible tandis que les officiers S.S. et des hommes vêtus d’uniformes rayés s’avançaient vers nous. Nous passâmes les uns après les autres devant ces hommes que surveillaient les allemands. Ils séparèrent les hommes et femmes valides d’un côté, les vieillards, enfants, infirmes et femmes enceintes de l’autre. Ce fut un autre déchirement pour ma mère et moi : Sofia et Nina se cramponnaient à nous en sanglotant et criant, nous les sérions contre nous avec la fureur du désespoir, mais les S.S. nous les arrachèrent.
Lorsque le triage fut terminé, ma mère et moi dûmes suivre la file dans laquelle nous étions à l’intérieur de l’enceinte. Nous ne pouvions détourner la tête de l’autre groupe où se trouvaient mes sœurs, terrifiées et tremblantes. Comme nous n’avancions pas assez vite, un S.S. nous poussa violemment et nous eûmes juste le temps d’apercevoir une jeune femme enceinte serrer contre elle Nina et Sofia, ultime geste d’affection avant la mort.
En franchissant la porte centrale, je vis des mots gravés sur l’arcade de pierre et, relevant la tête, je déchiffrai : « Arbeit macht frei ». J’avais appris l’allemand et l’anglais dans mon école parisienne, aussi pus-je traduire cette devise à ma mère : « Le travail rend libre ». Nous fûmes conduits dans un grand bâtiment où, passant devant ces hommes en uniforme qui étaient en réalité d’autres prisonniers, on fit de nous des « Stück », des « morceaux ».
Nous donnâmes nos papiers d’identité, on nota nos noms dans un registre tandis qu’ils mettaient les petits carnets de côté. On nous tatoua sur l’avant-bras gauche un matricule qui correspondait à notre nom pendant que nous étions dépouillés de nos valises pour ceux qui en possédaient, de nos chaussures, lunettes, vêtements… Tout ce qui pouvait avoir de la valeur.
Je dus enfiler un uniforme trop petit pour ma taille, usé et décoloré et cousu d’une étoile jaune et rouge sur la poitrine; puis m’asseoir devant un individu armé d’une énorme paire de ciseaux.
Je sentis le métal froid glisser contre mon crâne, la douceur des longues mèches de cheveux lorsqu’elles tombèrent en effleurant mes épaules; et pour la première fois depuis le commencement de cette horreur, une larme vint laisser sur ma joue une trace brillante.
Après être devenus des créatures tatouées, rasées et aux yeux agrandis d’horreur, nous fûmes conduits dans une grande cour où l’on procéda à une interminable séance d’appel sous un soleil de plomb. Nous dûmes rester parfaitement statiques pendant plus de deux heures, la peau et les yeux brûlés de soleil tandis que la sueur dégoulinait sur nos crânes saillants. Une femme fut prise de vertiges, et alors qu’elle tentait de s’accroupir pour échapper au malaise, un S.S. s’approcha d’elle et la roua de coups de toute sorte jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’un tas de chair difforme et sanguinolent. Nous étions prévenus.
Suite à cette épreuve, nous fûmes assignés à des tâches plus insignifiantes les unes que les autres, mais non moins harassantes. Le soir venu, on nous « installa » dans des baraquements de bois où il n’y avait qu’une paillasse pour trois ou quatre personnes. Par miracle, je n’avais pas été séparée de ma mère. Nous nous allongeâmes dans un coin, tentant de trouver une position qui ne nous fît pas trop souffrir. Il régnait dans cette cabane bondée une chaleur étouffante qui nous prit à la gorge, et nous dûmes respirer avec dégoût un air à moitié vicié par l’odeur rance de la transpiration, des corps amaigris, de l’urine et celle plus douceâtre du sang.
Ma mère m’entoura soudain de ses bras et, me serrant de toutes ses forces, se mit à sangloter dans le creux de mon épaule en murmurant :
- Quelle mère suis-je donc pour vous laisser souffrir autant ?
- Maman, répondis-je doucement, tu sais bien que cela n’est pas de ta faute. Le monde est devenu fou et nous en sommes les victimes. Nous devons juste être assez fortes et espérer que nous retrouverons papa, Sofia et Nina lorsque la guerre sera finie.
Je dis cela en essayant de m’en convaincre aussi, puis la conversation s’arrêta là. Je berçai ma mère doucement jusqu’à ce que je sentisse sa respiration s’apaiser. Elle avait finit par s’endormir et je contemplai son visage à présent serein, consciente de l’étrangeté de la situation. Les rôles semblaient être inversés et je m’étonnai de la force que j’avais eue alors que ma mère avait laissé s’exprimer son désespoir. Mais depuis le matin du seize juillet, s’était-il passé des choses normales ?
La suite fut une série de souffrance et d’atrocités effroyables que nous firent subir les kapos, ces détenus qui prenaient leurs ordres chez les S.S. Nous devions supporter la faim, la soif, la maladie, les privations, l’absence d’hygiène, le travail jusqu’à l’épuisement et les tortures physiques et mentales. Nous travaillions afin de faire obtenir un puissant rendement aux nazis, qui profitaient de cela pour nous éliminer au fur et à mesure. Nous n’avions, chaque matin, qu’un bol de soupe claire et une boule de pain. Nous n’étions plus rien que des futurs cadavres qui finiraient tôt ou tard par rejoindre les autres pour former de macabres pyramides. Même des machines auraient bénéficié d’un peu plus d’attention, d’un peu plus de soin.
Si nous avions souffert de la chaleur du mois d’août, ce fut insignifiant à côté du supplice hivernal. Nos baraquements, qui n’étaient pas chauffés, se couvrirent de neige et l’intérieur se vit bientôt décoré de dizaines de stalactites qui nous émerveillaient lorsque le soleil faisait jouer ses rayons sur elles. La vue de ces éclats colorés fut un réconfort dérisoire, et ils nous faisaient songer à l’espoir même si nous ne croyions plus vraiment à un tel sentiment.
L’hiver fut donc un véritable calvaire pour nos corps déjà trop affaiblis. Combien de personnes avec qui j’avais fini par tisser des liens amicaux, vis-je tomber dans la neige pour ne plus jamais se relever ? Combien de cadavres glacés, aux yeux vitreux entrouverts sur le ciel gris de leurs tombeaux ? Combien de pieds, de mains en sang, combien de taches rouges sur le sol, de ces petites flaques gelées qui semblaient des miroirs de l’enfer ?
Ceux qui étaient encore en vie prirent les uniformes des morts pour s’en envelopper, et ils semblaient soudain ne plus être des squelettes vivants… Comment réussis-je à survivre à cela, je ne saurai le dire. Chaque jour, je m’étonnais d’être encore en vie. Non pas vivante, car les blessures de l’âme avaient fini par la faire s’envoler vers un autre monde, mais en vie car mon corps continuait à fonctionner.
Au fil du temps nous comprîmes que ceux qui n’étaient pas capables de travailler – que ce fût pour leur âge ou leur état de santé – ceux qui faisaient partie de ce deuxième groupe créé à l’arrivée des convois, n’avaient pas le moindre espoir de revoir le monde. Dès qu’ils pénétraient dans l’enceinte du camp, ils étaient envoyés aux douches. Nous ne savions que penser de cela lorsque nous en entendîmes parler pour la première fois, mais nous comprîmes rapidement de quoi il s’agissait, bien que personne n’en dît un mot.
Les nazis rassemblaient ces hommes âgés ou infirmes, ces femmes enceintes et ces enfants dans d’immenses douches où ils introduisaient un gaz mortel, le Zyklon B. Ce gaz se propageait au contact de la vapeur d’eau et ne laissait aucune chance de survie. Lorsqu’ils étaient certains que le gaz avait eu l’effet escompté, les S.S. envoyaient des prisonniers dégager les douches et dépouiller les morts de tout ce qui n’avait pas pu être récupéré avant, allant même jusqu’à ordonner que l’on arrachât les dents en or.
Après cela, les cadavres étaient entassés dans les différents fours crématoires, et pendant des heures une épaisse fumée noire nous enveloppait, chargée de l’immonde odeur de chair brûlée. Les cendres étaient déchargées dans des étangs à proximité, et encore une fois ce fut à nous, les détenus, que revint la tâche de noyer les restes de ceux qui avaient eu la malchance de ne pas posséder les critères de sélection des nazis, ceux-là même que l’on avait connus, que l’on avait aimés, et qu’on s’évertuait à croire encore en vie, peut être dans un autre baraquement, un autre camp… Nous savions qu’ils ne verraient pas, au moins, les horreurs que nous devions subir chaque jour, chaque heure, chaque seconde. Le travail ne faisait que retarder le moment où nous irions les rejoindre, et nous faisait souffrir jusqu’au dernier instant.
Mais pour les nazis, quoi de mieux que des ouvriers que l’on ne payait pas, que l’on nourrissait d’un morceau de pain et surtout, dont on pouvait tout exiger ? Pour eux, c’était joindre l’utile au nécessaire : faire disparaître les Juifs tout en les exploitant jusqu’à la fin. Voilà en quoi consistait leur Solution Finale, et rien ni personne ne pouvait s‘opposer à leur projets. Ils tenaient les rênes d’un immense carrosse de haine, de tortures et d’immorales idéologies, nous reprochant de ne pas être de la bonne race ; alors que cette pensée même ôtait tout ce qui en eux avait été humain. Nous étions des victimes indignes de nos bourreaux.
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Sam 29 Déc - 1:18

Restawen a écrit:


Partie 2 :
Je serrai Nina contre moi comme ma mère le faisait avec Sofia tout en lui cachant les yeux, mais je ne pus détourner le regard de toutes ces horreurs.[...]Lorsque tout le monde eût été appelé, on nous escorta jusqu’à des autobus séculaires et l’on nous poussa à l’intérieur de ceux-ci sans se soucier du nombre de personnes qui pouvaient y contenir. [...] Nous restâmes tous aussi immobiles que cela était possible tandis que les officiers S.S. et des hommes vêtus d’uniformes rayés s’avançaient vers nous. [...] Ce fut un autre déchirement pour ma mère et moi : Sofia et Nina se cramponnaient à nous en sanglotant et criant, nous les serrions contre nous avec la fureur du désespoir, mais les S.S. nous les arrachèrent.
et ben, faut pas lire ça quand on est déprimé Razz
C'est encore mieux raconté que la première partie. J'ai l'impression de ressentir les sentiments de désespoir de la jeune fille. Bravo Very Happy
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Restawen
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Mar 15 Jan - 11:37

Désolée pour le retard, voici enfin la suite :

Lorsque enfin l’hiver s’acheva, en avril 1943, les pertes avaient été énormes. Ceux qui n’avaient pas été gazés étaient morts de froid, de faim ou des maladies qui contaminaient les baraquements à une vitesse prodigieuse. Malgré tout cela je demeurai encore, pourtant j’aurais bien voulu que la mort m’emportât moi aussi. Je voyais ma pauvre mère dépérir sans que je ne pusse faire quoi que ce fût, à part lui donner le semblant d’amour qui restait au fond de mon cœur. Comment l’arracher à ce désespoir qui nous serrait tous la gorge, à cette peur incessante qui nous nouait le ventre, à cette souffrance innommable ? Elle avait perdu ses amis les plus chers, son mari et ses deux autres enfants; et j’étais la seule à assister à son agonie, à voir ses yeux rouler au moindre bruit, à l’entendre gémir dans ses douleurs physiques et morales…
Les jours passèrent mais rien ne vint nous soulager. Cette guerre allait donc être éternelle ? Chaque semaine de nouveaux trains déversaient des dizaines d’autres victimes qui se rassemblaient en deux groups distincts, et chaque semaine les fours crématoires crachaient leur odeur putride comme pour nous rappeler que nous n’étions là que pour mourir.
Ma mère s’étant beaucoup affaiblie, elle finit par contracter la dysenterie qui la vida de ses dernières forces. Elle mourut la veille de mon quinzième anniversaire, sa main dans la mienne. Elle m’offrit le cadeau de voir son visage serein lorsque la grande faucheuse vint la délivrer de l’enfer qu’était devenue cette vie.
Pendant quelques jours, je pus bénéficier de sa ration puis je dus enlever son corps du baraquement, celui-ci étant déjà bien trop sordide. Une nuit, avec l’aide d’une jeune fille juive comme moi, je réussis à faire un petit trou dans la terre à côté de la cabane, et j’y glissai la dépouille maternelle que je dissimulai tant bien que mal. Je n’aurai pu supporter l’idée qu’on brûlât son corps et qu’on jetât ses restes dans quelque mare, comme on l’avait sans doute déjà fait pour mes pauvres sœurs.
Je demeurai donc seule après cette perte cruelle, traînant ma peine et mes souffrances sans cesse renouvelées. Je ne pouvais savoir comment me venait la force de me lever chaque jour, de supporter les longs appels, de travailler pendant plus de seize heures, le corps tordu sous le poids de cet enfer. Je ne comprenais pas pourquoi je continuais à respirer. J’aurais pu me laisser mourir comme tant d’autre le faisait. Mais c’était là ce que cherchaient les nazis, et je ne pouvais pas, je ne devais pas leur faire ce plaisir.
Après la mort de ma mère, je devins amie avec la jeune fille qui m’avait aidé à l’enterrer. Âgée de dix-sept ans, elle se nommait Ilaria et avait vécu dans un petit village russe près de Stalingrad. Le soir, lorsque l’on rentrait du travail, nous chuchotions en russe et cela nous redonnait du courage. Elle avait malgré toute l’horreur du camp un espoir fou, et elle me l’insufflait comme de l’oxygène à un noyé.
Une année de plus passa dans un silence de mort sans qu’elle ne vînt toutefois nous libérer de cet enfer que des hommes avaient inventé et créé sur la Terre. J’atteignis donc mes seize ans avec la certitude que je ne verrai pas mes prochains anniversaires : je ne pouvais pas supporter indéfiniment cette torture.
Pendant ces longs mois passés avec Ilaria dans ce monde qui semblait irréel, nous ne fûmes pas un seul instant séparées. Nous n’eûmes vite plus de secret l’une pour l’autre sans toutefois montrer vraiment notre amitié, car sinon nous aurions été battues jusqu’à la mort par les kapos.
Miraculeusement, c’est ensemble qu’un matin d’août 1944, après deux heures d’appel en pleine fournaise; nous apprîmes par un officier S.S. muni d’une liste de matricules que nous allions être transférées… « Ailleurs ». Comme deux années auparavant, nous nous entassâmes dans des wagons pendant toute une journée, emportant seulement notre triste uniforme. Rien ne pouvait nous faire croire à la fin de ce cauchemar, ni espérer trouver une prison moins horrible que la précédente. Pourtant nous apprîmes après quelques jours passés dans ces nouveaux lieux que ce n’était pas un camp d’extermination, mais de concentration.
Nous fûmes au moins soulagées par l’absence des fours crématoires, mais le travail était ici encore plus pénible qu’il l’avait été là-bas. En définitive, je ne ressentis pas de réel changement entre ce camp et l’autre, car ils avaient été crées dans un même élan de haine.
Ilaria et moi avions finalement fini par rester indifférentes aux atrocités que nous voyions ou subissions. Nous n’étions rien de plus que deux corps qui se mouvaient encore et obéissaient à un dernier instinct de survie. Nous avions oublié tout ce qui n’était pas les camps, et même la guerre dont nous n’avions aucune information. Pour nous, tout cela était quasiment devenu normal. Nous voyions chaque jour des hommes et des femmes mourir tandis que d’autres venaient prendre leur place dans un éternel recommencement.
Les mois passèrent encore et nous résistâmes à cette longue nuit. Nous entendîmes enfin parler de la guerre par les derniers déportés, sans savoir toutefois si leurs révélations étaient vraiment exactes. D’après eux, le conflit avait pris un nouveau tournant depuis 1943 et la fin était proche. Nous accueillîmes ces nouvelles d’une façon tout à fait neutre : même si la guerre se terminait, le cauchemar que nous vivions ne pourrait jamais s’effacer.
A partir de mars 1945, les S.S. renforcèrent les règles des corvées et firent transférer ceux qui n’avaient plus la force de travailler mais n’étaient pas encore morts vers des lieux où on les « aiderait » à en finir. Le camp se vida à une vitesse incroyable. Les derniers détenus, donc je faisais partie avec Ilaria, durent rassembler tous les cadavres et les dissimuler, puis plus tard cacher tout ce qui témoignait de l’enfer du camp. Je me doutai qu’il devait se passer des choses qui ne plaisaient pas du tout aux nazis et en eu la confirmation en surprenant la conversation de deux commandants S.S. qui étaient venus inspecter le camp. L’un d’eux avait dit à l’autre :
- Pour nous il ne devrait pas y avoir trop de problème, mais imaginez pour A.-B. … Ils pourront pas le cacher, même en ayant détruit les fours crématoires…
Une terreur encore plus vive s’abattit sur le camp. Nous étions sans cesse brutalisés et parfois nous ne recevions même pas notre maigre ration. Dans ces conditions, les dernières semaines faillirent m’être fatales, mais je me rendis compte que mon destin n’était finalement pas de mourir si vite, si jeune.
Un jour de la mi-juin, nous nous aperçûmes que nos bourreaux avaient abandonné le camp. Ce fut si soudain que nous ne songeâmes pas un instant à fuir enfin cette horreur. Même les kapos semblaient indécis, et pour la première fois je me rendis comte qu’ils étaient comme nous. Nous n’avions plus aucune force, pas même pour rester debout quelques minutes. Nous trouvâmes des restes d’approvisionnement que nous nous partageâmes, mais ils ne durèrent guère longtemps. Très vite, nous fûmes décimés par la fatigue et les maladies. Nous formions à l’intérieur et à l’extérieur des baraquements un enchevêtrement de cadavres et de corps à la limite de la vie, dans un relent morbide de fièvre et d’odeurs nauséabondes.
Les journées suivantes se déroulèrent pour moi dans un tourbillon de visions, de souvenirs et de douleurs. Je sombrai dans une fièvre qui me fit rêver de ma mère, du four crématoire, de Sofia et Nina, de mes cheveux tombant sur le sol, de mon père, des cris, de la boue, du sang… Parfois je reprenais conscience et ouvrais les yeux sur un ciel gris ou d’une couleur dont j’avais oublié le nom, puis je sentais mon corps brûler sous les assauts du soleil ou de la fièvre, et je m’évanouissais à nouveau ou me mettais à délirer.
Cela dura quatre jours, bien que j’eusse l’impression d’une durée beaucoup plus longue. Un matin, je sentis au fond de mon cœur que c’était un jour important pour moi, sans arriver toutefois à en trouver la raison. Et puis, brusquement, mes paupières s’ouvrirent et je discernai le visage bronzé d’un jeune homme, un soldat. Ce n’était pas un allemand. Il se pencha vers moi et je réussis à souffler le mot « française ». Alors il me dit dans un terrible accent que je n’avais encore jamais entendu :
- Je vais m’occuper de vous, mademoiselle.
Je sentis ses bras puissants se glisser sous mon pauvre corps décharné et il me souleva, me dégagea de cet amas de morts avec toute la force et la gloire du libérateur. Je vis se peindre sur son visage un étonnement et une peine immenses; puis avant de succomber de nouveau à ce souffle noir qui me tournait autour, une pensée me traversa l’esprit et je balbutiai :
- Vous savez, je crois que c’est mon anniversaire aujourd’hui.
Dans la grande salle de classe, un lourd silence tomba. La vieille dame mince aux longs cheveux blancs et au regard triste tourna la tête vers ses jeunes auditeurs et vit des larmes faire luire leurs yeux. Ils étaient parfaitement immobiles, ces garçons et filles de quinze ans, pour une fois correctement assis sur leurs chaises. Ils étaient aussi graves qu’ils avaient été enjoués une heure plus tôt, et aucun d’entre eux n’osa prononcer un mot. Alors Natasha Moiriac reprit la parole de sa voix douce et ferme :
- Ce qui se passa ensuite me parut aussi irréel que l’avaient été les trois dernières années. Les rares détenus qui comme moi avaient survécu furent transportés par la Croix Rouge Internationale dans des hôpitaux. Là, nous reçûmes quantité de soins nécessaire à notre santé physique, mais aucun traitement au monde n’aurait pu guérir, ni même atténuer nos souffrances morales. Ce fut un immense traumatisme non seulement pour nous, les survivants, mais aussi pour les troupes Alliées qui avaient libéré les camps et plus tard, pour la population entière. Comment d’ailleurs aurait-on pu rester indifférent en voyant les images de cette libération, les photos des êtres fantomatiques que nous étions devenus, en réalisant soudain pleinement la folie d’un seul homme qui avait poussé tant d’autres à commettre le pire ? Le monde se retrouvait soudain confronté à la réalité et nous, nous ne savions même plus qui avait été coupable ni qui condamner. Nous voulions seulement oublier, mais cela fut impossible.
Après deux longs mois passés dans cet hôpital, je me mis à la recherche d’Ilaria, car je sentais au fond de moi qu’elle était toujours vivante. Nous avions été séparées dans les derniers jours de notre supplice mais je finis par la retrouver. Celle qui avait été ma compagne dans la souffrance le devint alors dans la renaissance. Ensemble, malgré le choc, la douleur, le vide qui nous envahissaient, nous fîmes un bref témoignage de notre atroce expérience des camps à des commandants des armées françaises, anglaises et américaines; et nous pûmes enfin mettre des noms sur cette souffrance : Auschwitz-Birkenau et Ravensbrück. Le premier avait été le plus grand camp d’extermination créé par les nazis pour éliminer les Juifs, et le second un des nombreux camps de concentration. Je ne sus jamais pourquoi j’avais été transférée dans ce dernier mais c’est, je pense, ce qui me sauva.
En octobre 1945, je fus rapatriée à Paris tandis qu’Ilaria l’était en Russie. Nous nous étions promis de nous revoir rapidement. Lorsque l’avion qui transportait les survivants français toucha le sol, je ressentis un petit pincement au cœur, chose qui ne m’était pas arrivée depuis des années : je retrouvais enfin mon pays.
A l’hôtel Lutétia où furent organisées les retrouvailles avec les rares parents qui nous restaient, j’eux malheureusement la confirmation du décès de mes deux sœurs, gazées à Auschwitz; et je dus rendre compte de celui de ma mère. Je demandai alors des nouvelles de mon père, attendant pendant des heures avec un espoir insensé. Puis, tandis que j’étais assise dans un coin de la grande salle ou régnait un sourd vacarme, je vis non loin de moi approcher un homme maigre à la démarche claudicante. Je me levai et m’approchai le cœur battant et me voyant, mon père demanda d’un ton incrédule :
- Natasha ?
Je me précipitai dans ses bras en me rendant soudain compte à quel point j’avais changé. Mon visage émacié, entouré de cheveux ternes qui avaient le plus grand mal à repousser, agrandissait mes yeux bleu-gris; et mes membres amaigris me faisaient paraître plus grande que je ne l’étais déjà. Mais ce qui nous choqua le plus, mon père quand il me revit pour la première fois et moi quand je pus m’observer dans un miroir, ce fut mon regard. On pouvait y lire de la souffrance, de la soumission; mais aussi une certaine dureté et une sagesse nouvelle. Le temps de la jeunesse était passé pour moi, malgré mes dix-sept ans.
Ce soir-là mon père et moi, ainsi que les autres rescapés, fûmes hébergés dans des hôtels de Paris, en attendant de retrouver une vie « normale ». Nous parlâmes peu, mais mon père me raconta tout de même ce qui lui était arrivé. Après la rafle du Vélodrome d’Hiver, il avait été interné dans un camp de travail français, à Pithiviers. Malgré sa jambe et sa main mutilées, il avait quand même dû travailler. Il avait passé dix-huit mois dans ce camp puis, avec d’autres détenus, avait réussi à s’enfuir. Ils avaient alors intégré par je ne sais quel miracle un maquis normand pour s’engager dans la Résistance, et ce jusqu’à la libération de la France. A l’annonce du rapatriement des déportés français, il avait regagné Paris où nous nous étions retrouvés.
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Sam 19 Jan - 0:09

O_o tu écris décidément très bien! ^^
A quand la suite avec des nouvelles des soeurs de Natasha?? Very Happy
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Sam 19 Jan - 12:54

Merci!
La voilà ^^ :


A partir de cet instant-là, nous eûmes la lourde tâche de reconstruire un semblant de vie. Nous partîmes en mars 1946 vers le sud de la France et nous nous installâmes dans un petit village méditerranéen; aspirant au calme, au soleil et au chant apaisant des vagues. Nous n’étions même pas revenus voir notre ancienne petite maison du Bois de Boulogne, car nous n’avions plus la force de remuer tous ces souvenirs. Nous avions besoin d’un changement d’atmosphère, de nouveaux lieux à découvrir pour ressaisir la curiosité et l’envie des vivants.
A Paris, à l’hôtel Lutétia, j’avais pu revoir le jeune soldat américain qui m’avait délivrée de l’enfer. Il vint très souvent nous rendre visite en Provence, et au bout de quelques années nous finîmes par nous marier. Sa douceur, sa beauté et sa force m’avaient touchée au plus profond de moi, et j’avais besoin de sentir sa présence rassurante et l’amour dont il m’entourait. Jamais, pendant ces horribles années de ma jeunesse, je n’aurais songé à me marier un jour; mais j’avais survécu et étais bien décidée à tout faire pour enfouir ces douloureux souvenirs dans un coin de mon cœur. Je crois que je réussis tout de même à le rendre heureux.
En 1947 je pus accueillir Ilaria avec qui j’avais échangé de nombreuses lettres depuis notre séparation, et elle décida de rester en France avec nous. Mon rêve d’enfant avait fini par s’effacer dans les camps et je ne devins jamais institutrice comme je l’avais tant souhaité. Malgré cet immense regret qui me mina pendant longtemps, nous vécûmes de longues années paisibles dans ce petit village provençal, et en nous renaquirent lentement les échos des sensations d’autrefois. Nous arrivâmes à vivre malgré ce poids incessant qui venait nous torturer certaines nuits. Parfois je revoyais distinctement l’entrée du camp d’Auschwitz-Birkenau, le visage des kapos ou bien les hautes cheminées des fours crématoires. Pour éviter que de longs cauchemars m’assaillissent, je m’efforçais alors de me raccrocher aux sourires de mon mari, de l’enfant que j’avais eu le courage de lui donner et que j’aimais par-dessus tout, de mon père et de mon amie… Je sentais alors passer dans mon cœur un souffle chaud et doux dont j’avais oublié l’existence dans les camps.
Mon père me quitta en 1974, à l’âge de soixante dix-huit ans. Il fut enterré selon ses désirs dans le petit cimetière du village, et chaque jour je vins déposer sur sa tombe de frais bouquets de fleurs des champs en priant pour son âme et celles de mes défuntes mère et sœurs. C’est à ce moment là qu’Ilaria et moi ressentîmes le besoin de nous libérer de cette souffrance qui ne nous avait pas quittées.
Nous montâmes à Paris et exposâmes notre requête au Président de la République en personne. La suite fut une succession de voyages en Angleterre, aux Etats-Unis et même en Allemagne. Nous fîmes dans les plus grandes villes de ces pays-là de nombreuses conférences pour raconter enfin toute l’horreur du système concentrationnaire nazi. Qui mieux que des survivants aurait pu le faire ? C’était notre devoir, et bien que cela fût très douloureux pour nous, nous eûmes la force de l’accomplir. Nous rentrâmes ensuite en France et après les dernières conférences nous ne prononçâmes plus jamais un mot à ce sujet.
Natasha s’interrompit pour reprendre son souffle et s’éclaircir la voix puis, voyant les élèves et le professeur suspendus à ses lèvres, elle continua :
- Ilaria est décédée depuis près de trois ans, me révélant au moment de rendre l’âme qu’elle se sentait enfin sereine et libérée. Moi je ne l’étais pas encore, c’est pourquoi j’ai décidé de revenir « là-bas ». Je sais que le camp de Ravensbrück a été totalement détruit et n’existe plus, mais ceux d’Auschwitz-Birkenau demeurent encore. Je suis donc partie en Pologne en compagnie de mon mari dont le soutien s’est révélé indispensable.
Jamais je ne me serai crue capable de revoir ces lieux où tant d’autres innocents ont laissé leur vie, où tant d’atrocités ont été préméditées et commises. Les fours crématoires ont été détruits par les nazis juste avant la libération des camps et la plupart des baraquements ont été rasés; mais le reste est bien là, juste après cette arcade où viennent s’arrêter les rails. Oui, juste après, ce sont les souvenirs de l’enfer.
On a construit un musée à côté des camps, et il renferme tout ce que les nazis n’ont pas eu le temps de faire disparaître : des milliers de lunettes, de chaussures, des conserves métalliques qui avaient contenu le Zyklon-B, des tapis tissés à partir de chevelures humaines; et des milliers de photos qui viennent donner aux murs des regards nous suppliant de ne pas oublier tous ces visages…
Auschwitz-Birkenau a été le plus grand camp de concentration et d’extermination ouvert par les nazis, et une véritable usine de mort. S’il n’a pas été détruit après la guerre, c’est pour qu’il soit le symbole de la souffrance et de l’inhumain; et pour que le monde puisse se rappeler de quoi peuvent être capables les hommes.
Je devrais dire que nous avons un devoir de mémoire envers toutes personnes qui ont été assassinés, mais je ne le peux. Je ne peux obliger personne à comprendre ce qui s’est passé, ni à en éprouver de l’horreur. Je ne peux vous demander d’être triste comme je le suis en pensant à ce peuple que la haine a voulu faire disparaître. Je ne peux et ne veux voir la pitié dans vos yeux. Et je ne peux changer l’histoire et toutes ces choses monstrueuses que le passé retient.
Mais je peux vous parler et vous dire que chacun de vos actes est déterminant pour l’homme ou la femme que vous serez dans le futur. Chacune de vos décisions aura un poids sur votre vie et sur l’avenir du monde. C’est pourquoi je vous demande d’être honnêtes envers vous-même et envers les autres. Choisissez votre voie, vos passions, votre religion, vos croyances avec tout l’amour que vous avez au fond de votre cœur; et ne tombez jamais dans la facilité car elle vous mènerait à la haine. Ayez du respect pour la différence et ouvrez-vous au monde pour en voir la beauté et le rendre meilleur encore. Vous êtes l’avenir de cette Terre, alors faites tout ce qui est possible pour que plus jamais ne ressurgissent les démons des hommes.

Sur ces derniers mots, la vielle dame se leva et resta debout, très digne, droite comme un « i » malgré son tourment qui jamais n’avait cessé, tandis que devant elle les jeunes gens émus aux larmes l’applaudissaient avec respect et admiration. Le professeur la remercia vivement puis, pendant que la note argentine de la cloche sonnait et que les élèves quittaient lentement la salle, il s’assura que l’émotion ne l’avait pas trop bouleversée. Après cela, il la raccompagna jusqu’à la gare puis regarda décroître le train qui emportait Natasha vers d’autres regards, vers d’autres jeunes auditeurs. Elle voulait surmonter sa douleur jusqu’au bout et faire tout pour la transformer en sagesse.
Ce soir-là, aucun des élèves qui avaient vu Natasha Moiriac ne put se réfugier dans le calme rassurant de leurs habitudes. Les plus sensibles laissèrent leurs larmes dessiner des étoiles sur leur oreiller, tandis que les autres se réfugièrent dans un silence songeur. La nuit, ils parvinrent à imaginer l’apparence de ces lieux de torture et sentirent la colère bouillonner dans leur cœur affolé; puis elle laissa place à un poignant sentiment de tristesse et de déception. Ils se sentirent trahis par leur propre espèce : la race humaine.
Ils parlèrent longtemps de tout cela; puis les semaines, les mois et les années passèrent. Ils grandirent, se séparèrent, se retrouvèrent parfois; ils prirent chacun un chemin différent mais quoi qu’il advînt, quel que fût l’homme ou la femme qu’ils devinrent, jamais ils ne purent oublier le nom et le regard de celle qui avait résisté à la nuit.


Fin
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Mer 23 Jan - 17:46

j'ai trouvé une seule faute: xD
Sur ces derniers mots, la vieille dame
C'était vraiment bien écrit, et tu as super bien raconté tout ça (ferai la suite de mes critiques par mp xD)
Mais si tu veux avoir plus de lecteurs je pense que tu devrais séparer en plus petis bouts ton histoire ^^
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Mer 23 Jan - 19:03

J'ai tout lu !!!! Personellement, ça ne m'a pas dérangé que tout soit en "un bloc" ! Au contraire, je trouve que ça rend bien par rapport au contexte de l'histoire. Enfin...^^
A part ce petit..."désaccord" lol! je suis entièrement d'accord avec Shino !!! Tu écris TROP TROP bien !!!!!!!!!!!! Tout est bien raconté avec détails (sans en faire trop... on ne s'en lasse pas et tu vas directement au plus important), beaucoup d'émotions... Et on apprend en même temps qu'on lit ton texte ( on révise un peu ses cours d'histoire^^) !!!!! Que veux-tu que je te dise de plus ??? C'est GE-NIA-LEEEUUUUHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Mer 23 Jan - 20:33

le souffle coupé, les larmes aux yeux, une boule dans la gorge...
tu as écrit cette histoire d'une façon si boulversante ... de tout ce que j'ai pu entendre ou lire de la Shoa, c'est le texte le plus poignant que j'ai lu !!
je ne sais pas comment tu as pu mettre toute cette émotion dans ton texte, mais tu devrais vraiment le publier, parce que pour une réussite, c'est une réussite !!
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Mer 23 Jan - 20:37

Merci bcp! =)
C'est vrai j'aurai dû faire de plus petits morceaux mais comme elle est hyper longue, on en aurait jamais fini!
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Jeu 24 Jan - 23:41

complètement d'accord avec mes précédentes voisines...c'est vrai que y'a des gens qui aiment lire tout "en bloc" (j'avoue que j'en fais parti) mais font pas parti de la majorité du forum (ils ratent des trucs!! x)
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MessageSujet: Re: Résistance à la Nuit   Aujourd'hui à 17:22

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Résistance à la Nuit
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