De l'encre dans les veines

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 [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.

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Ilyanna Del'dae
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MessageSujet: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 13:25

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Ilyanna Del'dae
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 13:26

David et moi étions issus de milieu très différent. Lui était de ceux qu’on appelait pauvres, moi, je faisais partie des gens aisés. Enormément de choses nous séparaient, l’argent était le plus grand de ces quelques fossés. Mais beaucoup de choses nous reliaient, également : notre amitié, notre complicité et notre amour de l’indépendance.
Quelques secondes, et je me perdis dans mes souvenirs ...

La nuit était noire, épaisse, une nuit sans lune, une de celles que je n’aimais pas. Mais, j’avais eus besoin de sortir. Bien sûr, je commettais une erreur, cela allait de soi et je le savais parfaitement. Seulement, il y a des fois où le besoin d’aventure peut se montrer le plus fort. Et, c’était le cas, cette nuit noire, il fallait que je sorte, je n’avais pas le choix.
J’ouvris donc la fenêtre, et m’échappait, la clef de la maison dans ma poche, au cas où je n’arriverai plus à rentrer dans ma chambre. Autant être prévenant, même si la porte d’entrée grinçait et que ce n’était pas bon pour la discrétion, c’était toujours mieux que de passer la nuit sur le perron, dans le froid – car les nuits sont fraîches, ici – et avec les insectes. La sanction serait la même, si on m’attrapait sur le coup, mais au moins, avec cette petite clef, j’étais sûre de pouvoir dormir au chaud.
Je m’échappai donc de ma prison pour aller vivre ma vie de jeune fille indépendante. A 15 ans et surtout cette nuit-là, j’étais sûre de pouvoir me débrouiller comme une grande, de savoir gérer la situation, de ne pas paniquer, si jamais je me perdais. Je connaissais aussi les règles élémentaires : ne pas parler aux inconnus, ne pas monter dans les voitures, ne pas accepter les objets ou friandises qu’on était susceptible de me donner. Il y avait aussi énormément de choses que j’ignorais, pauvre petite idiote que j’étais : les inconnus ne veulent pas seulement nous adresser gentiment la parole pour faire causette, les voitures qui s’approchent ne nous laisse généralement pas le choix de monter ou non et les objets et friandises ne sont pas forcément donnés avec la petite touche de gentillesse qui nous ferrait les accepter. Enfant surprotégée et jamais livrée à moi-même, comment étais-je sensée savoir que, dans la rue, tout n’était pas aussi facile que dans les films ? Comment pouvais-je deviner que la population nocturne était composée, pour la majorité, d’êtres abjects et vils ?
Alors que je me baladais dans les sombres ruelles de mon quartier, je ne vis pas la voiture arriver. Cette même voiture qui ne me laisserait pas le choix de monter. Je la laissais donc approcher, sans me préoccuper de ce qui pourrait m’arriver. Les hommes baissèrent la vitre et m’appelèrent, assez grossièrement, pour être franche. Et moi, je me croyais tout permis, je me sentais pousser des ailes et j’osai commettre l’erreur de les défier du regard. Je me rappellerai toujours de leurs yeux, sombres et avides, de leur bouche tordue d’un rictus infâme et de leurs mots stupides et blessants. J’avais peur, bien sûr, mais je n’osais bouger. Qu’aurait pu faire une fille de riches, avec ses bonnes manières et son éducation parfaite ?
C’est là qu’est apparu David, pour me sauver la vie, très certainement. Je ne sus jamais pourquoi il était dans ce quartier, je ne sus jamais ce qui le poussa à m’aider. Mais il l’avait fait et depuis, notre lien était incassable, nous étions devenus amis, malgré nos grandes différences ...

- Arrête de ronchonner et profite de la vie ! lança mon ami avec bonne humeur.

Mmh, quand il me gratifiait d’une remarque dans ce genre, cela n’annonçait rien de bon. Pour la simple raison que David et moi avions différentes façons de ‘profiter de la vie’. Sa manière à lui, c’était de faire des choses que je qualifierais d’illégale. Oh, je ne dis pas que je suis une sainte, mais, contrairement à lui, je n’ai jamais rien volé, je ne brise pas les vitres des bâtiments pour m’amuser et je ne me fais pas courser par la police. Cela dit, David n’est pas toujours irresponsable, bien que la plupart du temps, c’est ce très de caractère qui l’emporte, il se peut que mon meilleur ami soit aussi docile et gentil qu’un agneau. Un agneau avec un caractère comme on en fait plus, mais un agneau quand même.
Je le dévisageai, indignée avant de m’exclamer, presque outrée par cette audace que je n’aurais jamais :

- Dios, tu as volé cette moto ?!

David plaqua brusquement sa main sur ma bouche, pour m’empêcher d’aligner un mot de plus, comme si je risquais de faire griller sa couverture. Mais, mon Dieu, il avait volé cette moto ! Je gémis d’énervement : David était plus fort que moi et, malheureusement, à chaque fois qu’il posa sa main sur ma bouche, il me faisait un mal de chien.
Comprenant ma détresse, il obtempéra enfin et me délivra de son emprise d’acier. Pfiou, ce n’était pas trop tôt. David regarda à droite, puis à gauche, comme si ses yeux étaient munis de rayon X est qu’il pouvait voir dans la nuit la plus profonde, ce qui n’était absolument pas le cas. Je soupirai, exaspérée alors qu’il me sourit, amusé. Allez savoir ce qu’il y avait de drôle dans notre situation. David pourrait être emprisonné pour vol, mais, apparemment, ça ne le gênait pas plus que ça, car il continuait à paraître enjoué. Quel idiot, quand il s’y mettait !

- Oh, allez, ne commence pas à faire ta petite capricieuse. Je sais très bien que t’aimes ça autant que moi. Et puis, ce ne sera pas la première fois.

Je maugréai dans ma barbe alors qu’il grimpait sur la bécane. Le problème, c’est qu’il me connaissait trop bien et surtout, qu’il s’amusait autant que moi. Oui, j’avais honte de l’admettre, mais, c’était la pure vérité, j’adorais cette sensation de liberté, sentir l’adrénaline qui montait car, précisons-le, la moto, ce n’était pas sans danger.
David me fit signe de monter, il s’impatientait. Ni une, ni deux, je m’activai, mais, pour la forme, pris un air résolu, du genre : «Ne me demandez pas ce que je fais sur une moto neuve, de bonne qualité et volée, on m’y a forcé. Ce n’est ab-so-lu-ment pas de mon plein gré que je suis ici ».

- Accroche-toi, jeune fille, ça va décoiffer, lança joyeusement David.

- Tu as ton permis ? demandai-je, juste pour embêter.

Mon meilleur ami répondit à ma boutade par un éclat de rire. Je vous avoue que j’ai toujours eut du mal à savoir ce qu’il y avait de si drôle dans mes phrases que je voulais énervante. Ca ne prenait pas, avec lui et ça avait le don de m’exaspérer. Ce qui, d’ailleurs, le faisait rien d’autant plus. Merci d’avoir un peu de considération pour mon amour propre qui en bavait à chaque fois.
La moto gronda sous les coups de poignait du jeune homme et elle finit par démarrer, rapidement, dans un crissement de pneus. Je m’agrippais à lui, histoire d’apaiser un peu les battements de mon cœur. J’avais une sainte horreur des départs précipités, ç’avait le don de mettre mes nerfs à rude épreuve et pour me calmer, par la suite, ce n’était pas la chose la plus facile qu’il m’eût été donnée de faire. Mais, passons.
Nous roulions à une vitesse impressionnante, si bien que je gardais constamment les yeux sur le compteur, juste pour m’assurer que David ne prît pas trop de vitesse, ce qu’il ne faisait pas, justement, au risque de se retrouver avec des côtes brisées sous la pression de mes bras. Mais, au fond, j’aimais ça, pour la simple sensation du vent qui me fouettait le visage ou alors pour celle de cette merveilleuse liberté que j’étais à même de sentir, de ressentir, et de capturer, pour la garder près de moi, ne jamais la lâcher, j’en avais besoin pour vivre, tout comme David en avait besoin. Cette liberté était notre plus gros point comme, notre amour de la vie et notre bouffée d’air. Cette liberté, c’était le reflet de nos âmes, sans aucun doute.

- On ne rentre pas, Dany, déclara mon meilleur ami.

Je ne compris pas tout de suite ses mots. D’abord, parce que le vent m’empêchait d’entendre correctement ce qu’il me disait et ensuite, parce que c’était tellement irréaliste que cela me paraissait totalement impossible. Néanmoins, je fronçai les sourcils avant de m’exclamer :

- Je te demande pardon ?!

David ne plaisantait pas, je pus facilement le déduire lorsqu’il se crispa. Il était sérieux, plus que sérieux et cela l’effrayait, j’ignorais encore pour quelle raison. Ma première réaction ? Etant donné que j’avais du mal à cerné le sens de ces paroles, j’avoue que je n’avais pas vraiment réagis. Je restais là, serrant l’être qui m’était certainement le plus cher au monde, comme si ce geste allait m’aider à comprendre ou peut-être cherchais-je simplement un peu de sécurité ? David était le grand frère que je n’avais jamais eus, je ne pouvais me résoudre à l’abandonner. Pourtant, il venait de me proposer de me déposer chez moi, et, je dois l’admettre, j’ai hésité. Une fraction de secondes, mais c’était assez pour que j’aie honte de moi. David avait mit sa vie en péril, plus d’une fois pour me défendre et, aujourd’hui, à moi de lui renvoyer l’ascenseur, mais il me laissait le choix : Je pouvais rentrer bien sagement à la maison et ne plus jamais le revoir ou alors, j’avais l’opportunité de m’échapper avec lui, de le soutenir et de rester avec mon frère de cœur, quoiqu’il arrive, être présente comme lui l’avait été. Le lien qui nous unissait était trop fort pour que je puisse le briser d’une décision. Ce serait comme bafouer notre amitié, notre complicité. Malgré moi, une larme roula sur ma joue. Moi qui rêvais de liberté, qui aurait pu croire que cet instant arriverait et qu’il serait aussi peu aisé de prendre une décision ?

- Tu peux encore faire machine arrière, ma grande. Il n’est pas trop tard ... Un jour, tu m’as dis que nous attendions tous notre chance pour dévoiler notre jeu. Alors, peut-être que c’est notre tour, maintenant ? La vie nous offre une suite à la hauteur de ce don nous rêvions. A toi de choisir, tu sais comme moi que je ne te forcerai jamais ...

Il disait ça, il me laissait le choix. Mais, au fond, je savais que, lui comme moi, nous n’attendions que ça. Je cessai d’imaginer la tête de Marianna quand elle apprendrait que j’étais sortie, ce soir. Et surtout quand elle remarquerait le lit vide. C’était une mégère, certes, mais c’était tout de même ma gouvernante. En dehors de David, elle était ma seule famille. Alors, la quitter, c’était difficile. Bien plus que je l’avais imaginé. Mais c’était ça, ou l’emprisonnement.
Dans cette nuit, fraîche et calme, le vent nous caressait, le noir nous entourait. Le Liberté nous appelait et nous l’entendions. Elle murmurait, des paroles douces et incompréhensibles. Mais nous savions qu’elle s’adressait à nous, nous en étions certains. Et, pour une bouffée d’air, pour notre bouffée d’air, nous prîmes notre décision, en cœur et sans aucune hésitation ...

***

Les paysages défilaient docilement sous nos yeux, jour après jour. Ils étaient magnifiques, cela allait sans dire, c’était sublime et je ne regrettais plus d’être partie, c’était peut-être même la plus belle chose qu’il me soit arrivé. Voilà plus d’une semaine que nous étions sur la route, David et moi et nous étions déjà comme transformés, nous étions libres. Notre plus beau rêve, celui auquel nous avions cessé de croire, venait de se réaliser, que demander de plus ? Bien sûr, nous n’avions pas d’argent, et, je dois dire que c’était un changement que j’avais du mal à supporter. Moi qui avais toujours vécu avec mes richesse, moi qui profitais de chaque occasion pour les dépenser, voilà que mon porte-monnaie se retrouvait presque vide, que nous devions dormir à la belle étoile, toutes les nuits (et cela faisait désormais une semaine que je n’avais pas dormi dans un lit - ça commençait sérieusement à me manquer, d’ailleurs).
Mais, celui qui était le plus à plaindre, dans notre aventure, ce n’était de loin pas moi, mais David. Le pauvre conduisait la moto, trouvait pour nous deux de quoi manger et, lorsqu’il n’y avait pas assez de nourriture, se sacrifiait pour que je puisse avoir quelque chose dans l’estomac, c’était lui aussi qui devait supporter mes gamineries, lorsque j’avais un coup de blues. J’ai honte de le dire, mais il m’était arrivé de ne plus vouloir monter sur la moto, de m’asseoir au bord de la route et de bouder, comme une enfant de dix ans. Et c’est à ce moment que je remarquai l’évidence, celle que je n’avais pourtant jamais vue : je fus une enfant pourrie gâtée et incapable de remercier qui que ce soit pour ce que la vie m’avait donné. Mais David restait toujours très patient, dans ces moments là. Il me prenait dans ses bras et je pleurais, comme un bébé, mais jamais il ne fit le moindre commentaire sur mon état déplorable. Je lui en étais – et je lui en suis toujours – profondément reconnaissante.

Aujourd’hui, en fin de soirée, nous arrivâmes au bord d’une petite plage. Cela va peut-être vous étonner, mais c’était la première fois de toute ma vie, que je voyais l’océan. Le bleu profond de l’eau m’émerveillait, j’en restai bouche bée, incapable de prononcer le moindre mot, le moindre son, comme si le fait d’ouvrir la bouche risquait d’arrêter le mouvement des vagues. J’en vins même à ne plus oser respirer, ce qui déclencha un éclat de rire de la part de mon frère de cœur. Je le foudroyai du regard avant de lui lancer rageusement :

- Ne te moque pas ! Je suis surprise, c’est tout. Pas de quoi s’écrouler de rire.

David rigola de plus belle, ne pouvant apparemment contenir son euphorie. Ca l’amusait toujours énormément, lorsque je m’énervais, il ne changerait jamais. Autant dire que je n’éprouvais pas le même sentiment. Mon meilleur ami répliqua, une fois calmé :

- Oh, Dany, tu es tellement susceptible !

Non, je n’étais pas susceptible, juste énervée par la bonne humeur générale, c’était tout. Bon, d’accord, j’étais peut-être un tantinet susceptible, mais trois fois rien, pas assez pour qu’on le remarque, en tout cas, n’est-ce pas ?
Je soupirai simplement, signe que je ne lui en voulais plus et il s’approcha doucement de moi, c’était à son tour d’avoir peur de briser le murmure des vagues. Je le regardai, sans me gêner, sourcils froncés. Il avait ce regard triste qu’il prenait pour m’annoncer les mauvaises nouvelles. Je le reconnaissais entre tous car c’étais celui qui m’affectait le plus. David soupira avant de déclarer d’une voix calme et tintée de cette tristesse à peine perceptible :

- Nous passerons deux nuits ici, au maximum, et ensuite, je te ramène chez toi.

Choquée par ses mots, j’écarquillai les yeux. Il s’écoula un temps avant que le sens de ses mots ne me parvienne au cerveau. Je serrai rapidement les dents pour empêcher les larmes de monter. Trop tard. Mes yeux étaient déjà humidifiés par l’eau salée sécrétée par mes glandes lacrymales. Non ! Il ne pouvait pas me faire ça, ce n’était pas juste. Moi qui croyais que nous partirions, tous les deux, que nous resterions ensembles, quoiqu’il arrive, que nous affronterions tous les dangers et que nous vivrions heureux, entre frère et sœur. Une vraie vie de famille, quoi ! Mais, à seize ans, j’étais trop jeune bien sûr. Il en avait dix-huit, lui, il était majeur. Et, il n’allait pas se coltiner la petite gamine pleurnicharde. Pouvais-je vraiment lui en vouloir, au fond ?
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Ilyanna Del'dae
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 13:27

- Mais, pourquoi ? demandai-je d’une voix étranglée par le sanglot que je tentais de contenir.

Mon frère de cœur me prit doucement dans ses bras, là où je me sentais en sécurité, comme quand je boudais au bord de la route et je ne pus me contenir plus longtemps : je fus secouée par de multiples sanglots silencieux. Je m’accrochai désespérément à lui, comme si j’avais peur de le perdre. Mais ce n’était pas qu’une impression, j’allais vraiment le perdre, il allait vraiment disparaître de ma vie et je devrai abandonner ma seule famille, le seul qui avait été là pour moi.

- Tu le sais, ma grande. Tu sais comme moi que tu ne tiendras pas une année entière dans ces conditions, déclara-t-il, très doucement.

- Mais je veux quand même essayer ! J’ai le droit, je veux rester avec toi, David, ne me laisse pas, gémis-je faiblement entre deux sanglots.

J’étais peut-être égoïste, je voulais bien le croire, mais essayez un peu de vous mettre à ma place...
C’était aussi dur pour lui que pour moi, apparemment, car le jeune homme finit par s’éloigner. Il déposa un petit baiser sur mon front et murmura qu’il m’attendrait plus loin. La journée que nous allions passer ici, le lendemain, sur cette magnifique plage au sable fin et doré, étaient certainement les derniers moments que nous allions partager. Je me devais d’en profiter, pas seulement pour moi, comme on pourrait le penser, mais également pour David, parce que c’était aussi ses derniers souvenirs, il devait s’en rappeler aussi bien que moi, voire même mieux.
Nous passerons la journée du lendemain assis sur la plage, laissant l’eau de l’océan caresser nos pieds et nous parlerons, de tout et de rien. Nous rirons aux blagues pourtant pas drôles, juste pour enregistrer une dernière fois le rire de l’autre et nous nous regarderons, pour photocopier cette vision dans notre esprit. C’était ainsi que cela devait ce passer et ce serait ainsi que cela se passerait !

Le lendemain matin, je me réveillai aux aurores. Encore une fois, on avait passé la nuit dehors, mais, nous commencions à en avoir l’habitude et le froid ne me dérangeait plus autant qu’avant. Je me rappelle encore, la première nuit, j’avais à peine dormi, grelottant de froid. Je m’étais recroquevillée, blottie contre la moto et je n’avais pas fermé l’œil de la nuit, de peur qu’il ne m’arrive quelque chose. Maintenant, je dormais presque normalement, si ce n’était que mon lit me manquait toujours et que la douce chaleur de ma couverture n’était plus qu’un rêve insaisissable – mais plus pour longtemps, si j’en croyais David.
Je me déchaussai et trempai mes pieds dans l’eau froide de l’océan. Le soleil était à peine levé, les deux ou trois rayons qu’il diffusait éclairaient faiblement l’eau bleutée de l’immense étendue marine. Le vent soufflait avec douceur, projetant ses effluves salés sur mon visage, encore un peu endormi. Le ciel était toujours sombre, la nuit n’avait pas totalement cédé sa place à l’astre solaire, mais la Lune n’était plus qu’un minuscule point blanc, disparaissant cependant que les minutes s’écoulaient.
Je fermai les yeux et souris, laissant cette bouffée d’air prendre possession de mon être tout entier, et je me donnai, corps et âme à la Liberté, à ma Liberté. C’était comme si je pouvais la toucher, elle, en tout cas, elle le pouvait et elle me frôlait, pour s’amuser. Je tendis la main, comme pour essayer de l’attraper, de l’emprisonner et de la garder avec moi, à jamais. Je voulais un souvenir, moi aussi, mais je voulais quelque chose de matériel, quelque chose qui pourrait me rappeler ce moment magnifique et tous les autres, tous ceux que j’avais passé avec David, pendant cette semaines.
Je n’emporterai rien, malheureusement. Sauf peut-être cet immense bonheur, qui ressurgirait dans les moments tristes pour m’aider à oublier mes maux. Je devrais être heureuse, heureuse de me souvenir, heureuse d’avoir pu vivre, réellement, ne serait-ce que pendant quelques jours, heureuse aussi d’avoir su saisir ma chance, attendre mon tour pour dévoiler mon jeu. Je le devrais, en effet, mais ce n’était pas le cas.

Je me rappelle encore de ses derniers mots, tristes, brisés et pourtant si sûrs. David avait toujours été comme ça, avec moi. Il me protégeait, il m’écoutait et surtout, il me rassurait et pour ceci, il devait être sûr de lui. Il m’avait dit : « Où que je sois et où que tu sois, notre lien restera à jamais gravé dans notre âme, on ne pourra jamais s’oublier, même si nous le voulions. Parce il y a des moments, dans la vie, qui ne s’effacent pas. Ceux que nous avons passés ensemble sont justement de ceux qui ne peuvent partir. Parce que, je t’aime, ma petite sœur et parce que tu m’aimes, toi aussi. Continue ta vie, maintenant, accroche-toi à ton rêve et fais tout pour y arriver. La plage, Dany, je savais que c’était un de tes rêves et je suis vraiment heureux de t’avoir aidé à l’accomplir. Comme toi, j’ai des rêves, moi aussi. L’un d’eux et de quitter le Brésil. J’y arriverai, mais toi, tu dois rentrer ... » Et il m’avait déposé devant chez moi.
Oh, bien entendu, j’ai eus le droit au pire sermon de toute mon existence. Mes parents – enfin, ceux qui se disaient mes parents – étaient revenus, deux jours avant mon retour, ils étaient rentrés. La police était sur mes traces, mais, elle n’avait pas réussi à me retrouver. Etrange, pourtant, nous n’avions pas prit toutes les précautions. Comme quoi, le destin avait réellement décidé de nous laisser notre chance.
Marianna avait pleuré, ma mère avait pleuré, les femmes de ménages avaient pleuré et moi, j’avais eu envie de rire. C’était stupide, mais je m’étais imaginée au début de notre aventure, lorsque j’étais encore réticente, lorsque j’hésitais entre partir ou rester. J’avais eu envie de rire en me remémorant des scènes hilarantes que nous avions vécues, David et moi. De si beaux moments ...
Ainsi, étendue sur mon lit, propre, chaud et moelleux, je parcourus une nouvelle fois mes souvenirs, ceux que j’avais gardés, ceux que je garderai toujours ... Pour une bouffée d’air, j’avais commis une énorme erreur et, pour une bouffée d’air, j’allais en commettre une autre, plus grave encore ...
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 18:33

Ta nouvelle est magnifique je trouve I love you
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 18:41

C'est super !!! Smile
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 19:08

Oui, bravo !
Mais je l'aime quan dmême un peu moins que les autres... (des tiennes hein)
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 21:21

Merci à toutes ^^

Kiwi : Je comprends. Moi non plus je l'aime pas énormément. C'est ce qui m'arrive quand on m'attache. J'endens par-là que je n'écris pas très, très bien quand j'ai des barrières, qu'on impose des règles. Je sais pas si pour vous c'est pareil, mais c'est assez pénible, je dois dire. C'est dur d'écrire quelque chose de bien tout en respectant un mode et un sujet précis.
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 21:45

Oui je comprends exactement ce que tu veux dire Ily moi aussi je n'arrive pas vraiment à écrire quand j'ai des limites
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Ilyanna Del'dae
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Mar 9 Oct - 22:11

Ouf ! J'suis contente de ne pas passer pour une tordue xD
Contente aussi de voir qu'il y a des gens pareils à moi. ^^ Bienvenu au club, Sin I love you
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MessageSujet: Re: [Nouvelle] Pour une bouffée d'air.   Aujourd'hui à 21:18

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