De l'encre dans les veines

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 Chutes de briques

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Mooney
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MessageSujet: Chutes de briques   Mer 1 Juin - 19:49

J'avais le projet d'écrire cette nouvelle depuis plusieurs mois, mais je n'ai commencé ce texte dimanche, dans l'espoir de m'exorciser d'un cauchemar récurrent. C'est donc une sorte de "rationalisation" d'un songe, dont j'ai reprit les éléments clés, le sens qu'il a pour moi... et je les ai replacé dans un récit construit, censé, sans les délires surnaturels qui débarquent de temps en temps (dans l'une des versions que j'ai "expérimenté", j'assistais à la mort de Lady Gaga, empalée sur des crayons... je vous épargne cette scène).
Pour l'instant, je n'ai qu'environ... le dixième ou le cinquième, peut-être le quart, d'écrit seulement. Besoin de vos avis pour le début.

Chutes de briques


Le RER freine et s’arrête doucement au niveau du quai. Des travailleurs en costume trois pièces, des lycéens en zadig montent dans le wagon. Flottant autour d’eux, un parfum de cigare, de café pris ce matin et de parfums de luxe. Une silhouette descend. Odeur de violettes et de rose. Un coup d’œil à l’horloge de la gare –montre encore oubliée dans sa chambre, merde- lui apprend que, ô miracle, le train n’est pas arrivé en retard ; phénomène rare sur cette ligne. 7h50.
La silhouette sort de la gare. C’est une femme, assez jeune ; elle ne doit pas avoir plus de trente-cinq ans. Un style excentrique, loin de passer inaperçu dans cette petite ville bourgeoise de l’ouest parisien. Cinq jupons de couleurs différentes superposés les uns sur les autres, dans un assemblage volumineux et étonnant. Des chèches partout, autour du cou, de la taille, dans les cheveux. Folle, hystérique, aliénée pensent passants qu’elle croise. Sûrement une rom se dit une sexagénaire dans un manteau camel. Pourquoi elle n’a pas été renvoyée dans son pays, l’étrangère ?
Se moquant des regards, des jugements, la nouvelle arrivante marche tranquillement. Il est désormais 7h54. D’après un plan qu’elle a étudié avant de venir, il lui faudra une vingtaine de minutes à pied pour arriver à destination. Elle avait largement le temps ; elle pouvait même se permettre de se perdre dans les rues.
Elle longe les grandes pelouses de cet écrin de verdure à vingt minutes de Paris, réajuste l’écharpe autour de son cou – maudits matins de novembre. Elle regarde les façades de ces grandes villas Napoléon III, les personnes du troisième âge qui en sortent pour aller acheter leur baguette Tradition à la boulangerie, les mères de famille pressées qui doivent amener leur petit dernier à l’école primaire Sainte Quelque Chose.
Et puis finalement, l’inconnue arrive devant une grille. Sous le bouton de la sonnette, un nom de famille à particule. C’est le bon, celui qu’elle recherchait. Elle a dix minutes d’avance : profitons-en pour faire un tour du pâté de maison. La jeune femme monte sur un pont, au dessus d’une rivière artificielle, de quinze centimètres de profondeur. Un couple de cygnes blancs y nage. Une vieille femme et son petit fils donnent des morceaux de pain à ces oiseaux. Un groupe de canards à col vert viennent se joindre au festin. On retourne sur nos pas. Et revoilà la grille, et la sonnette ainsi que son bouton, décoré d’une plaquette indiquant un charmant titre de noblesse. Devant la grille, une femme cherche ses clés dans un sac noir.
« Vivianne. »
La femme au sac noir se fige. Elle reconnaît cette voix, bien qu’elle ne l’ait pas entendue depuis plusieurs années, une décennie au moins. Et elle ne s’attendait pas à la retrouver aujourd’hui. Ce fut pourtant un début de journée normal : elle avait préparé le petit déjeuner de sa famille. Son mari et ses deux aînés étaient partis ensuite au travail et au collège. Puis elle a accompagné le troisième à la maternelle en vélo, fidèle à ses habitudes. Ensuite, elle aurait fait le ménage derrière, rangé la vaisselle sale, fait les lits. Puis elle aurait réglé quelques dossiers –les factures d’électricité, l’école des enfants à payer, un don à la SPA… Classique. A seize heures, elle serait retournée à la maternelle pour récupérer son petit Maxence. A dix-sept heures, les jumeaux Damien et Candice seraient revenus à la maison. Papiers administratifs à signer pour les cours, la sortie au Musée Marmottant de Candice, un bulletin d’excuse pour l’absence de Damien la veille, atteint de la grippe. Rien d’anormal, classique, normal, habituel. Alors que venait foutre Yseult dans cette routine ?
Vivianne relève la tête de son sac et tourne son cou vers ce qui semble être Yseult. Un coup d’œil suffit à confirmer : l’archétype de la bohémienne diseuse de bonne aventure, tirée d’un film des années 70, se tient là sur le chemin, enveloppée dans un patchwork d’étranges tissus bariolés. Parmi les connaissances de la mère de famille, il n’y a qu’elle qui soit capable de s’habiller ainsi.
« Tu fous quoi ici, Yseult ? »
Charmant langage : derrière le vernis de la bourgeoisie, elle n’a pas perdu ses habitudes. Yseult dévisagea longuement Vivianne. Oui, il n’y a pas de doute, c’était elle, elle et pas une autre. Il n’y avait qu’elle pour la reconnaître dans cette ville, et pour s’adresser ainsi à elle. Vivianne. Elle est à la fois la même et autre. On la reconnaît dans sa posture, les traits de son visage, sa voix, la longueur anormale de ses doigts. Mais il se dégage d’elle une aura inconnue, neuve ; et ses cheveux sont redevenus blonds, et son style s’est assagi. Vivianne a changé de nom de famille, et de monde avec.
« Tu fous quoi, ici, Yseult ? » répète-t-elle.
Yseult passe sa langue sur ses lèvres en fermant les yeux, veut se réveiller, rouvre et retombe sur cette image difficile à concevoir de Vivianne. Il fallait s’y attendre, pourtant : l’adresse et ce nouveau nom ne peuvent pas mentir.
« Je viens prendre des nouvelles, Viv’. Ca fait exactement treize ans, aujourd’hui. »
Un doux éclair traverse les yeux de la femme au sac noir. Puis elle les dissimule. Il ne faut pas regretter, non. Cette gitane est une époque révolue. Il ne faut pas y penser, à ces expériences vécues et à ces choses à vivre encore qu’elle a balayé en quelques jours. Retomber dans le monde-Yseult signifie retomber dans tout ce qui en découlait. Fêtes. Drogues. Absinthe et art minable. Danger. Sexe. Débauche. Vice… Vie.
« Tu veux venir prendre un café à l’intérieur, Yseult ? On sera mieux. »

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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Jeu 2 Juin - 4:04

Citation :
Le RER freine et s’arrête doucement au niveau du quai. Des travailleurs en costume trois pièces, des lycéens en zadig montent dans le wagon. Flottant (lourd) autour d’eux, un parfum de cigare, (parfum de café, je trouve que ça fait bizarre, la colocation ne rend pas) de café pris ce matin et de parfums de luxe. Une silhouette descend. Odeur de violettes et de rose. Un coup d’œil à l’horloge de la gare –montre encore oubliée dans sa chambre, merde- lui apprend que, ô miracle, le train n’est pas arrivé en retard ; phénomène rare sur cette ligne. 7h50. J'aime bien les éléments donnés cash, comme ça. Ils mettent tout de suite en situation, et ils la rendent plus vivante.
La silhouette sort de la gare. C’est une femme, assez jeune ; elle ne doit pas avoir plus de trente-cinq ans. Un style excentrique, loin de passer inaperçu dans cette petite ville bourgeoise de l’ouest parisien. Cinq jupons de couleurs différentes superposés les uns sur les autres, (j'hésite sur la virgule ou pas) dans un assemblage volumineux et étonnant. Des chèches partout, autour du cou, de la taille, dans les cheveux. Folle, hystérique, aliénée pensent passants qu’elle croise. Sûrement une rom se dit une sexagénaire dans un manteau camel. Pourquoi elle n’a pas été renvoyée dans son pays, l’étrangère ?
Se moquant des regards, des jugements, la nouvelle arrivante marche tranquillement. Il est désormais 7h54. D’après un plan qu’elle a étudié avant de venir, il lui faudra une vingtaine de minutes à pied pour arriver à destination. Elle avait largement le temps ; elle pouvait même se permettre de se perdre dans les rues.
Elle longe les grandes pelouses de cet écrin de verdure à vingt minutes de Paris, réajuste l’écharpe autour de son cou – maudits matins de novembre. Elle regarde les façades de ces grandes villas Napoléon III, les personnes du troisième âge qui en sortent pour aller acheter leur baguette Tradition à la boulangerie, les mères de famille pressées qui doivent amener leur petit dernier à l’école primaire Sainte Quelque Chose.
Et puis finalement, l’inconnue arrive devant une grille. Sous le bouton de la sonnette, un nom de famille à particule. C’est le bon, celui qu’elle recherchait. Elle a dix minutes d’avance : profitons-en pour faire un tour du pâté de maison. La jeune femme monte sur un pont, au dessus d’une rivière artificielle, de quinze centimètres de profondeur. Un couple de cygnes blancs y nage. Une vieille femme et son petit fils donnent des morceaux de pain à ces oiseaux (lourd --> leur) . Un groupe de canards à col vert viennent se joindre au festin. On retourne sur nos pas. Et revoilà la grille, et la sonnette ainsi que son bouton, décoré d’une plaquette indiquant un charmant titre de noblesse. Devant la grille, une femme cherche ses clés dans un sac noir.
« Vivianne. »
La femme au sac noir se fige. Elle reconnaît cette voix, bien qu’elle ne l’ait pas entendue depuis plusieurs années, une décennie (le registre de ton texte semble plutôt courant --> "une dizaine d'années" mais je chipote ^^) au moins. Et elle ne s’attendait pas à la retrouver aujourd’hui. Ce fut pourtant un début de journée normal : elle avait préparé le petit déjeuner de sa famille. Son mari et ses deux aînés étaient partis ensuite au travail et au collège. Puis elle a accompagné le troisième à la maternelle en vélo, fidèle à ses habitudes. Ensuite, elle aurait fait le ménage derrière, rangé la vaisselle sale, fait les lits. Puis elle aurait réglé quelques dossiers –les factures d’électricité, l’école des enfants à payer, un don à la SPA… Classique. A seize heures, elle serait retournée à la maternelle pour récupérer son petit Maxence. A dix-sept heures, les jumeaux Damien et Candice seraient revenus à la maison. Papiers administratifs à signer pour les cours, la sortie au Musée Marmottant de Candice, un bulletin d’excuse pour l’absence de Damien la veille, atteint de la grippe. Rien d’anormal, classique, normal, habituel. Alors que venait foutre Yseult dans cette routine ?
Vivianne relève la tête de son sac et tourne son cou vers ce qui semble être Yseult. Un coup d’œil suffit à confirmer : l’archétype de la bohémienne diseuse de bonne aventure, tirée d’un film des années 70, se tient là sur le chemin, enveloppée dans un patchwork d’étranges tissus bariolés. Parmi les connaissances de la mère de famille, il n’y a qu’elle qui soit capable de s’habiller ainsi.
« Tu fous quoi ici, Yseult ? »
Charmant langage : derrière le vernis de la bourgeoisie, elle n’a pas perdu ses habitudes. Yseult dévisagea longuement Vivianne. Oui, il n’y a pas de doute, c’était elle, elle et pas une autre. Il n’y avait qu’elle pour la reconnaître dans cette ville, et pour s’adresser ainsi à elle. Vivianne. Elle est à la fois la même et autre. On la reconnaît dans sa posture, les traits de son visage, sa voix, la longueur anormale de ses doigts. Mais il se dégage d’elle une aura inconnue, neuve ; et ses cheveux sont redevenus blonds, et son style s’est assagi. Vivianne a changé de nom de famille, et de monde avec.
« Tu fous quoi, ici, Yseult ? » répète-t-elle.
Yseult passe sa langue sur ses lèvres en fermant les yeux, veut se réveiller, rouvre et retombe sur cette image difficile à concevoir de Vivianne. Il fallait s’y attendre, pourtant : l’adresse et ce nouveau nom ne peuvent pas mentir.
« Je viens prendre des nouvelles, Viv’. Ca fait exactement treize ans, aujourd’hui. »
Un doux éclair traverse les yeux de la femme au sac noir. Puis elle les dissimule. Il ne faut pas regretter, non. Cette gitane est une époque révolue. Il ne faut pas y penser, à ces expériences vécues et à ces choses à vivre encore qu’elle a balayé en quelques jours. Retomber dans le monde-Yseult signifie retomber dans tout ce qui en découlait. Fêtes. Drogues. Absinthe et art minable. Danger. Sexe. Débauche. Vice… Vie.
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Bon dans l'ensemble, comme d'habitude c'est bien (youhou, vachement constructif). J'aime beaucoup la situation de départ, des lieux inhabituels et assez intrigante je dois dire u_u'.
Après, au niveau du style : il est accrocheur avec les élements que tu introduis cash, comme je l'ai dit plus haut, ça vivifie le texte mais attention à ne pas en abuser : ils "ralentissent" le texte. Dis-moi si tu veux plus d'explucations pour la suite

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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Jeu 2 Juin - 11:41

Mooney a écrit:
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Le RER freine et s’arrête doucement au niveau du quai. Des travailleurs en costume trois pièces, des lycéens en zadig montent dans le wagon. Flottant autour d’eux, un parfum de cigare, de café pris ce matin et de parfums de luxe. Une silhouette descend. Odeur de violettes et de rose. Un coup d’œil à l’horloge de la gare –montre encore oubliée dans sa chambre, merde- lui apprend que, ô miracle, le train n’est pas arrivé en retard ; phénomène rare sur cette ligne. 7h50.
La silhouette sort de la gare. C’est une femme, assez jeune ; elle ne doit pas avoir plus de trente-cinq ans. Un style excentrique, loin de passer inaperçu dans cette petite ville bourgeoise de l’ouest parisien. Cinq jupons de couleurs différentes superposés les uns sur les autres, dans un assemblage volumineux et étonnant. Des chèches partout, autour du cou, de la taille, dans les cheveux. Folle, hystérique, aliénée pensent passants qu’elle croise. Sûrement une rom se dit une sexagénaire dans un manteau camel. Pourquoi elle n’a pas été renvoyée dans son pays, l’étrangère ?
Se moquant des regards, des jugements, la nouvelle arrivante marche tranquillement. Il est désormais 7h54. D’après un plan qu’elle a étudié avant de venir, il lui faudra une vingtaine de minutes à pied pour arriver à destination. Elle avait largement le temps ; elle pouvait même se permettre de se perdre dans les rues.
Elle longe les grandes pelouses de cet écrin de verdure à vingt minutes de Paris, réajuste l’écharpe autour de son cou – maudits matins de novembre. Elle regarde les façades de ces grandes villas Napoléon III, les personnes du troisième âge qui en sortent pour aller acheter leur baguette Tradition à la boulangerie, les mères de famille pressées qui doivent amener leur petit dernier à l’école primaire Sainte Quelque Chose.
Et puis finalement, l’inconnue arrive devant une grille. Sous le bouton de la sonnette, un nom de famille à particule. C’est le bon, celui qu’elle recherchait. Elle a dix minutes d’avance : profitons-en pour faire un tour du pâté de maison. La jeune femme monte sur un pont, au dessus d’une rivière artificielle, de quinze centimètres de profondeur. Un couple de cygnes blancs y nage. Une vieille femme et son petit fils donnent des morceaux de pain à ces oiseaux. Un groupe de canards à col vert viennent se joindre au festin. On retourne sur nos pas. Et revoilà la grille, et la sonnette ainsi que son bouton, décoré d’une plaquette indiquant un charmant titre de noblesse. Devant la grille, une femme cherche ses clés dans un sac noir.
« Vivianne. »
La femme au sac noir se fige. Elle reconnaît cette voix, bien qu’elle ne l’ait pas entendue depuis plusieurs années, une décennie au moins. Et elle ne s’attendait pas à la retrouver aujourd’hui. Ce fut pourtant un début de journée normal : elle avait préparé le petit déjeuner de sa famille. Son mari et ses deux aînés étaient partis ensuite au travail et au collège. Puis elle a accompagné le troisième à la maternelle en vélo, fidèle à ses habitudes. Ensuite, elle aurait fait le ménage derrière, rangé la vaisselle sale, fait les lits. Puis elle aurait réglé quelques dossiers –les factures d’électricité, l’école des enfants à payer, un don à la SPA… Classique. A seize heures, elle serait retournée à la maternelle pour récupérer son petit Maxence. A dix-sept heures, les jumeaux Damien et Candice seraient revenus à la maison. Papiers administratifs à signer pour les cours, la sortie au Musée Marmottant de Candice, un bulletin d’excuse pour l’absence de Damien la veille, atteint de la grippe. Rien d’anormal, classique, normal, habituel. Alors que venait foutre Yseult dans cette routine ?
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« Tu fous quoi ici, Yseult ? »
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Yseult passe sa langue sur ses lèvres en fermant les yeux, veut se réveiller, rouvre et retombe sur cette image difficile à concevoir de Vivianne. Il fallait s’y attendre, pourtant : l’adresse et ce nouveau nom ne peuvent pas mentir.
« Je viens prendre des nouvelles, Viv’. Ca fait exactement treize ans, aujourd’hui. »
Un doux éclair traverse les yeux de la femme au sac noir. Puis elle les dissimule. Il ne faut pas regretter, non. Cette gitane est une époque révolue. Il ne faut pas y penser, à ces expériences vécues et à ces choses à vivre encore qu’elle a balayé en quelques jours. Retomber dans le monde-Yseult signifie retomber dans tout ce qui en découlait. Fêtes. Drogues. Absinthe et art minable. Danger. Sexe. Débauche. Vice… Vie.
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Toujours tes fameux problèmes de concordances de temps. Tu pars au présent, mais pas mal de verbes s'égarent à l'imparfait ou au passé simple.
Sinon, je suis d'accord avec Lika dans l'ensemble. J'ai bien aimé ton texte, la situation de départ, le style cash et tout... Mais personnellement, je ne l'ai pas trouvé extraordinaire. Peut-être parce que ça n'a pas vraiment démarré ou parce qu'il n'y a pas l'univers d'Amazone ou de ton dialogue du solitaire, j'ai eu l'impression qu'il manquait quelque chose. Je ne sais pas dire quoi. C'est un bon texte mais il m'a paru moins bien que d'habitude. Il ne m'a pas emballée, en somme. J'attends la suite pour voir. ^^

Ah oui, quand tu dis "Ce fut pourtant un début de journée normal : elle avait préparé le petit déjeuner de sa famille." Les deux points annoncent une énumération mais à côté de ça, tu décides de mettre un élément de cette liste par phrase. Donc les deux points tombent à plat, parce qu'ils ne révèlent au final qu'un seul élément.


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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Jeu 2 Juin - 15:00

Je n'ai pas vraiment accroché dès le début. Bon c'est aussi en partie à cause du train, j'en ai eu ma dose avec la Bête Humaine, et ça m'a un peu rebutée. Mais je me suis glissée dedans assez rapidement, même si beaucoup de phrases assez courtes enchaînées m'ont fait ralentir. J'ai bien visualisé la scène, les descriptions sont assez réussies, le rythme est correct même si j'ai mis un peu de temps à m'y faire.
J'ai plus accroché à partir du moment où Vivianne apparaît, je ne sais pas vraiment pourquoi.
Désolée, mon commentaire n'est pas vraiment constructif.

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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Sam 11 Juin - 12:01

Merci de vos commentaires, les filles. : ) Je vais appliquer vos corrections, Lika et Loli.
Je comprends ce que vous dites, mais j'ai l'impression que je dois vous expliquer quelque chose : j'en ai marre de l'overdose de violence de mes textes. J'aime l'intense, le fort, le puissant, le noir, l'apocalyptique, et donc le violent, c'est vrai. J'adore ça, même. Cependant, quand je me relis, je ne cesse de me dire : "Si ce n'était pas toi qui l'avait écrit, aurais-tu aimé ?" "Que dirais tes proches s'ils découvraient ce que tu racontes ?" J'ai cette sorte de crise existentielle depuis que j'ai lu le début de Lolita, de Nabokov, où je me suis sentie vraiment mal, il y a quelques mois. Je ne compte pas abandonner ce style qu'on retrouve dans Amazone et Le Dialogue, mais juste essayer de le nuancer, d'apaiser ce que je fais en l'entrecoupant de passades doux, presque mous.
Ici, j'ai voulu mettre ce passage mou en tout début, un peu comme je l'avais fait dans Lio (vous savez, la nouvelle très très très longue avec des sortes d'elfes blonds qui se font tous abattre les uns après les autres par une entité magique dans une forêt) où le récit commence de façon très lente et change de rythme très subitement pour devenir très fort, très... violent. Je recherche la même structure ici, en fonction exponentielle si on peut oser le rapprochement ^^. Camper le décor, le contexte, le lien entre les personnages puis tout brusquer, d'où ce début qui est, comme vous l'avez dit, un peu médiocre...
Après, pour le train, euh... Neutral Bon, je te rassure, Cabélyst, ça ne parle pas de train, cette histoire. J'ai juste choisi le motif de RER pour signifier l'entrée dans la bulle de cette ville, dans le monde de Vivianne (un peu comme le motif de la voiture qui entre et sort de la propriété de Meryl Streep dans Sur la route de Madison). Enfin voilà, on ne devrait pas revoir de train tout de suite, si ça peut te rassurer. Et c'est le bien, Zola. ♥
Bon, je vais essayer d'améliorer tout ça, et la suite devrait arriver quand j'aurais fini le bac.
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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Sam 11 Juin - 15:46

Je crois que je comprend ce que tu veux dire, par rapport au changement de rythme, et aussi par rapport à la "violence" de tes textes.
Oui j'aime beaucoup Zola aussi, mais le fait d'étudier une oeuvre assez noire avec une prof qui part dans des interprétations et analyses parfois exagérées, juste après Hamlet, qui n'est pas rose non plus...C'est un peu lourd à digérer. ^^
Enfin en tout cas vivement que tu postes la suite. Smile

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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Sam 11 Juin - 19:32

Mooney a écrit:
"Que dirais tes proches s'ils découvraient ce que tu racontes ?"

Ah, je comprends tout à fait. J'ai tendance à écrire des textes très sombres, même si dans mon cas "violent" n'est pas le mot que j'emploierais, et c'est vrai que des fois... J'essaie de les faire lire à mes parents, mais en voyant qu'ils s'inquiètent plus qu'autre chose, je me demande si je suis bien "normale" et des fois, j'ai un peu peur de mes propres mots, ou bien j'en suis lassée, comme toi. Mais exprimer ça dans les textes est toujours mieux que l'exprimer dans la vie.
Les textes crescendo sont très durs à gérer, parce que si le début ennuie le lecteur, il ne prendra peut-être pas la peine de continuer et ratera le "vrai" démarrage en force. Mais bien maîtrisée, c'est une structure excellente. On croit commencer un truc sur une famille tranquille et on est pris dans une tourmente monstrueuse.
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MessageSujet: Re: Chutes de briques   Aujourd'hui à 3:16

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