De l'encre dans les veines

Une plume au bout des doigts, un monde derrière la tête...
 
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 Shannon

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Lolilola
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MessageSujet: Shannon   Mer 30 Mar - 16:34

Un petit texte. Court, rapide mais bel et bien fini.
Je sais que le forum n'est pas très actif en ce moment mais j'espère récolter quelques avis ^^

Shannon

Je n’ai jamais aimé la façon dont s’habillait Shannon. C’était peut-être mieux que les autres filles vulgaires, mais quel garçon dit non à un nombril joliment exhibé, tatouage et ventre plat ? Shannon n’était pas comme ça. Pas sage non plus. Juste acidulée comme une confiserie trop sucrée, celle qui ont un goût atroce, qui colorent la langue et donnent des caries. Aujourd’hui, ses leggings jaunes me faisaient mal aux yeux une fois de plus, un badge en forme de tête d’ours était accroché à son blazer orange. Elle faisait tourner son parapluie au-dessus de ses cheveux défaits, un sourire narquois dégoulinant de pluie sur ses lèvres maquillées. Les néons de l’enseigne derrière elle teintaient le trottoir d’un rose agressif assorti à sa tenue. Et pourtant Shannon était jolie. Ses yeux bleu marine sous le fard à paupières ne quittaient pas les miens et je la trouvais stupidement belle.
– Comment ça va aujourd’hui ?
Même sa voix pétillait comme le soda. Des bulles au gaz de carbone, au goût artificiel. Je regardais la flaque rose chewing-gum sur le trottoir. Tête baissée, je n’avais pas à affronter le regard de l’ours.
– Ça va comme je peux.
– Tu pourrais répondre normalement et me rendre la politesse au lieu de profiter d’une formule de courtoisie pour te plaindre.
Toujours la même phrase trop longue, débitée d’un seul souffle dans notre petit rituel. La pluie faisait un drôle de bruit sur la corolle en plastique qui l’abritait. Elle la tendit vers moi en penchant la tête.
– Parapluie ?
– Pourquoi pas, répondis-je dans un haussement d’épaules.
Vernis bleu marine enroulé autour du manche, qui jurait avec son bracelet en plastique rouge. Son bon vieux bracelet de camelote. Shannon ne changeait pas. J’étais plus grand qu’elle mais elle s’efforçait de tenir le parapluie à bout de bras, ce qui ne suffisait pas, de sorte qu’il me frôlait les cheveux. En me courbant légèrement, je l’ai laissé poursuivre le dialogue puisque ce domaine ne me réussissait pas.
– Et ton père ?
– Toujours le même sac de bière.
– Ce n’est pas très aimable.
– Tu veux toujours que je mente…
Ma phrase la fit rire. Très fort, comme d’habitude. Elle rejeta la tête en arrière et une mèche de cheveux me caressa l’épaule. Le néon clignota en même temps que mon cœur. Cette fille était exaspérante. Elle arrangea sa frange d’un revers de main, souriante.
– Moi, ça va. Et mon père est toujours la même boîte de cendres.
Foutue gamine, foutue garce. J’esquissais un sourire. La pluie crépitait au-dessus de nous, elle fermait les yeux.
– Tu sais, j’aimerais bien être en Italie et manger une glace caramel beurre salé.
– Moi, je voudrais contempler Paris du haut de la tour Eiffel.
– Ou la mer, répliqua-t-elle. Seul en haut d’un phare, comme le dernier espoir au milieu de la tempête.
Je souris. C’était notre jeu, notre jeu à nous, des échanges rêveurs entre elle et moi lancés du tac au tac. Il ne fallait pas réfléchir, les pauses étaient hors-jeu, et les mots coulaient de nos bouches tantôt farfelus tantôt poétiques. C’était un peu de voyage sous les nuages gris de plomb, des cinq sens qui trébuchaient de lieux en lieux. J’aimais bien ces moments d’évasion.
– Les pieds dans le sable du Sahara, poursuivis-je.
– Les oreilles dans les tambours du Brésil, riposta-t-elle.
– La tête dans la lune.
– Classique, Claude ! protesta-t-elle. Hum… La voix pour jurer comme les cockneys.
J’effaçais sa remarque d’un geste négligeant pour enchaîner :
– Le nez dans un parfum d’orange.
Elle se tut comme si ma réponse la laissait songeuse, puis se balança sur ses talons sans dire un mot. Le jeu semblait l’avoir lassé plus vite que d’habitude. Son silence se mêlait au bruit des gouttes d’eau et ses yeux se perdaient dans une flaque. Je la sentais distante, aussi je lançais maladroitement :
– Et tes dessins ?
– Je rate tout. Tous les visages.
Elle avait répondu avec réticence à cette question qu’elle aurait préféré éviter, en baissant le visage, remplie de honte et de détresse. Sa main libre torturait le col de son blazer. La lumière rose me donnait la migraine. Je la voyais même les yeux fermés ; de toute façon, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder Shannon. Elle semblait plus préoccupée que d’ordinaire, tellement moins légère, les ailes plombées. En se mordillant la lèvre, elle reprit :
– Claude, je ne sais que tu ne vas pas me croire et me dire que ça va passer, mais je n’y arrive vraiment pas. C’est stupide… J’ai même peur de prendre un crayon. Je… Y a plus rien, tu comprends. Tout a disparu. L’envie, le talent, l’émotion… Je ne sais pas…
Sa peine était évidente, transparaissait dans sa voix autrefois si joyeuse. Elle scruta mon visage comme pour y trouver un conseil, un réconfort. Elle me connaissait pourtant ; je haussai les épaules, ignorant et stupide.
– Ne t’inquiètes pas, okay ? Je suppose que tous les artistes ont une mauvaise passe.
– Je ne suis plus une artiste, soupira-t-elle.
– On dit que ça ne se perd pas. Comme le vélo.
– Le vélo ?
Shannon sourit comme si la comparaison lui plaisait et prit un chewing-gum dans la boîte au fond de sa poche. Le parfum de fraise fit écho au néon rose. Elle se fit à mâcher, fit claquer une bulle et cala le parapluie contre son épaule. Puis, dans un léger reniflement, elle haussa les épaules à son tour et me lâcha :
– Tulipe a des puces.
Sa façon de changer de sujet était toujours aussi déboussolante, mais je commençais à m’y faire. Tulipe était une chienne, une affreuse bouledogue qui n’avait rien d’aussi délicat que la fleur qui lui avait prêté son nom –drôle de nom d’ailleurs. En fait, elle avait de nombreux points communs avec l’ours sur la poitrine de Shannon sauf qu’elle, en plus, était vivante. Je fis une moue afin d’afficher clairement mon désintérêt pour la monstresse baveuse ; Shannon rit à nouveau.
– Il n’y a donc pas un sujet qui te fasse réagir ?
– Je ne sais pas. Je pense que tu ne devrais pas t’angoisser pour tes dessins. Je suis sûr que ça reviendra.
Elle me dévisagea un instant, surprise de mon soutien maladroit, puis elle hocha la tête.
– Merci. Et sinon, pour Tulipe, des conseils ?
– Tu devrais l’emmener chez le vétérinaire. Et la laisser là-bas définitivement.
Un coup de poing amical atterrit sur mon épaule pour toute réponse. Shannon avait dû lever le bras : elle était vraiment minuscule. Mais plié en deux sous le parapluie, inondé de lumière fushia, je paraissais encore plus ridicule qu’elle dans ses leggins jaunes et ses semelles compensées. Je souris et elle éternua. Sa tête bascula en avant, s’enfouit dans sa main aux ongles vernis, étouffant le bruit et faisant voler ses mèches de cheveux.
– A tes souhaits, lançais-je machinalement.
– Je me souhaite beaucoup de bonheur, dit-elle avec un sourire las.
D’un même élan, nous avons levé les yeux au ciel et elle a poussé le parapluie pour nous dégager la vue. La pluie tombait sur nous comme des larmes célestes. Je sentis ses épaules s’affaisser dans un soupir.
– Le dessin… C’était tout ce qu’il me restait, avec toi.
– N’oublie pas Tulipe.
– Je ne l’oublie pas, dit-elle en riant.
Un nouveau silence.
– Je dois y aller, lança-t-elle finalement.
– Oui. A demain.
Une hésitation.
– Tu as de la chance. Je veux dire, que ton père ait l’alcool amorphe. Mon beau-père… Enfin, tu sais tout ça, hein ? Bon, à toute !
A toute. Toute quoi ? J’eus un pincement au cœur. Elle se maquillait trop. C’était pour s’empêcher de pleurer –pour se dire que le maquillage coulerait, que ce serait catastrophique. Je le savais, comme je savais ce qui se passerait quand elle rentrerait chez elle et trouverait Marc complètement saoul. Pourtant, ma lâcheté reprit le dessus. J’aimais bien Shannon, mais tant pis pour elle, pour moi, pour nous, je n’arrivais pas à la protéger assez pour prétendre l’aimer. A l’aider. A faire ce que j’aurais dû faire. Mais qu’aurais-je dû faire ? Elle s’en alla, volant mon abri passager. Je sentis la pluie me couler dans le cou. Je la regardais s’éloigner sans se retourner, de dos, la démarche trop triste pour toutes ces couleurs. Ce n’était qu’une carapace, de toute façon. Sous le blazer orange à tête d’ours, sous la lumière crue du néon rose, un nouveau bleu était apparu. Je me passais une main lasse sur le visage.
Et mon père est toujours la même boîte de cendres. Je rate tout. Le vélo ? Je me souhaite beaucoup de bonheur. Le dessin, c’était tout ce qu’il me restait, avec toi. Mon beau-père…
Shannon disparut à l’angle de la rue.

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MessageSujet: Re: Shannon   Mar 31 Mai - 18:42

J'aime bien (je suis dans une humeur bisounours) le personnage de Shannon, j'aime bien les dialogues, qui mériteraient plus de recherche (c'est difficile de faire un bon dialogue.), j'aime bien le rythme fluide. J'aime pas l'histoire du beau père alcoolique, je trouve que ça rajoute rien et j'ai même pensé "oh nooon ! elle a tout gâché !". Pourquoi ne pas faire simplement des personnages avec des vies normales, qui sont seulement déréglés eux-même ? Pourquoi toujours du pathos ? Par contre l'histoire du maquillage c'est bien trouvé.
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MessageSujet: Re: Shannon   Mar 31 Mai - 19:06

LN... Ça faisait longtemps.
C'est toujours un plaisir de recevoir tes commentaires francs et utiles. Je vais faire la groupie prétentieuse, mais sachant que tu es connue pour être sévère, recevoir une critique positive de ta part (même s'il y a aussi du négatif) me rend super fière de moi. Bref.

J'ai eu beaucoup de mal avec les dialogues mais je suis heureuse que tu ne l'aies pas trop senti. J'essaierais d'y travailler un peu plus.
Ce texte commence un peu à dater, donc j'ai pris du recul et je suis d'accord avec toi pour le beau-père. Le problème, c'est que c'était le point de départ de cette nouvelle. Les habits colorés pour cacher les bleus, le maquillage pour s'empêcher de pleurer, la joie surfaite pour ne pas raconter sa vie. J'ai bien conscience que je n'ai pas été très futée en l'amenant comme ça, c'est devenu un cheveu sur la soupe... Mais je ne peux pas le supprimer.
J'ai un projet qui serait un recueil de nouvelles de ce genre, et je pense que je vais refaire celle-ci. On m'a aussi fait la remarque que Claude faisait si banal qu'il n'en était plus crédible, donc je reverrais tous ces points.

Merci beaucoup ^^
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MessageSujet: Re: Shannon   Sam 4 Juin - 16:45

Citation :
Je n’ai jamais aimé la façon dont s’habillait Shannon. C’était peut-être mieux que les autres filles vulgaires, mais quel garçon dit non à un nombril joliment exhibé, tatouage et ventre plat ? Shannon n’était pas comme ça. Pas sage non plus. Juste acidulée (pourquoi pas...) comme une confiserie trop sucrée, celles qui ont un goût atroce, qui colorent la langue et donnent des caries. (dernier élément sans interêt ; peut-être devrais-tu décrire avec un peu plus de précision le goût de ces bonbons). Aujourd’hui, ses leggings jaunes me faisaient mal aux yeux une fois de plus, un badge en forme de tête d’ours était accroché à son blazer orange. Elle faisait tourner son parapluie au-dessus de ses cheveux défaits, un sourire narquois dégoulinant de pluie sur ses lèvres maquillées. Les néons de l’enseigne derrière elle teintaient le trottoir d’un rose agressif assorti à sa tenue. Et pourtant Shannon était jolie. Ses yeux bleu marine sous le fard à paupières ne quittaient pas les miens et je la trouvais stupidement belle.
– Comment ça va aujourd’hui ?
Même sa voix pétillait comme le soda. Des bulles au gaz de carbone, au goût artificiel. Je regardais la flaque rose chewing-gum sur le trottoir. Tête baissée, je n’avais pas à affronter le regard de l’ours.
– Ça va comme je peux.
– Tu pourrais répondre normalement et me rendre la politesse au lieu de profiter d’une formule de courtoisie pour te plaindre.
Toujours la même phrase trop longue, débitée d’un seul souffle dans notre petit rituel. La pluie faisait un drôle de bruit sur la corolle en plastique qui l’abritait. Elle la tendit vers moi en penchant la tête.
– Parapluie ?
– Pourquoi pas, répondis-je dans un haussement d’épaules.
Vernis bleu marine enroulé autour du manche, qui jurait avec son bracelet en plastique rouge. Son bon vieux bracelet de camelote. Shannon ne changeait pas. J’étais plus grand qu’elle mais elle s’efforçait de tenir le parapluie à bout de bras, ce qui ne suffisait pas, de sorte qu’il me frôlait les cheveux. En me courbant légèrement, je l’ai laissé poursuivre le dialogue puisque ce domaine ne me réussissait pas.
– Et ton père ?
– Toujours le même sac de bière.
– Ce n’est pas très aimable.
– Tu veux toujours que je mente…
Ma phrase la fit rire. Très fort, comme d’habitude. Elle rejeta la tête en arrière et une mèche de cheveux me caressa l’épaule. Le néon clignota en même temps que mon cœur (bien =)). Cette fille était exaspérante. Elle arrangea sa frange d’un revers de main, souriante.
– Moi, ça va. Et mon père est toujours la même boîte de cendres.
Foutue gamine, foutue garce. J’esquissai un sourire. La pluie crépitait au-dessus de nous, elle fermait les yeux.
– Tu sais, j’aimerais bien être en Italie et manger une glace caramel beurre salé.
– Moi, je voudrais contempler Paris du haut de la tour Eiffel.
– Ou la mer, répliqua-t-elle. Seule en haut d’un phare, comme le dernier espoir au milieu de la tempête.
Je souris. C’était notre jeu, notre jeu à nous, des échanges rêveurs entre elle et moi lancés du tac au tac. Il ne fallait pas réfléchir, les pauses étaient hors-jeu, et les mots coulaient de nos bouches tantôt farfelus tantôt poétiques. C’était un peu de voyage sous les nuages gris de plomb, des cinq sens qui trébuchaient de lieux en lieux. J’aimais bien ces moments d’évasion.
– Les pieds dans le sable du Sahara, poursuivis-je.
– Les oreilles dans les tambours du Brésil, riposta-t-elle.
– La tête dans la lune.
– Classique, Claude ! protesta-t-elle. Hum… La voix pour jurer comme les cockneys.
J’effaçai sa remarque d’un geste négligeant pour enchaîner :
– Le nez dans un parfum d’orange.
Elle se tut comme si ma réponse la laissait songeuse, puis se balança sur ses talons sans dire un mot. Le jeu semblait l’avoir lassé plus vite que d’habitude. Son silence se mêlait au bruit des gouttes d’eau et ses yeux se perdaient dans une flaque. Je la sentais distante, aussi je lançai maladroitement : ("aussi lançai-je" sonnerait mieux)
– Et tes dessins ?
– Je rate tout. Tous les visages.
Elle avait répondu avec réticence à cette question qu’elle aurait préféré éviter, en baissant le visage, remplie de honte et de détresse. Sa main libre torturait le col de son blazer. La lumière rose me donnait la migraine. Je la voyais même les yeux fermés ; de toute façon, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder Shannon. Elle semblait plus préoccupée que d’ordinaire, tellement moins légère, les ailes plombées. En se mordillant la lèvre, elle reprit :
– Claude, je ne sais que tu ne vas pas me croire et me dire que ça va passer, mais je n’y arrive vraiment pas. C’est stupide… J’ai même peur de prendre un crayon. Je… Y a plus rien, tu comprends. Tout a disparu. L’envie, le talent, l’émotion… Je ne sais pas…
Sa peine était évidente, transparaissait dans sa voix autrefois si joyeuse. Elle scruta mon visage comme pour y trouver un conseil, un réconfort. Elle me connaissait pourtant ; je haussai les épaules, ignorant et stupide.
– Ne t’inquiètes pas, okay ? Je suppose que tous les artistes ont une mauvaise passe.
– Je ne suis plus une artiste, soupira-t-elle.
– On dit que ça ne se perd pas. Comme le vélo.
– Le vélo ?
Shannon sourit comme si la comparaison lui plaisait et prit un chewing-gum dans la boîte au fond de sa poche. Le parfum de fraise fit écho au néon rose. Elle se mit à mâcher, fit claquer une bulle et cala le parapluie contre son épaule. Puis, dans un léger reniflement, elle haussa les épaules à son tour et me lâcha :
– Tulipe a des puces.
Sa façon de changer de sujet était toujours aussi déboussolante, mais je commençais à m’y faire. Tulipe était une chienne, une affreuse bouledogue qui n’avait rien d’aussi délicat que la fleur qui lui avait prêté son nom –drôle de nom d’ailleurs. En fait, elle avait de nombreux points communs avec l’ours sur la poitrine de Shannon sauf qu’elle, en plus, était vivante (inutile). Je fis la moue afin d’afficher clairement mon désintérêt pour la monstresse baveuse ; Shannon rit à nouveau.
– Il n’y a donc pas un sujet qui te fasse réagir ?
– Je ne sais pas. Je pense que tu ne devrais pas t’angoisser pour tes dessins. Je suis sûr que ça reviendra.
Elle me dévisagea un instant, surprise de mon soutien maladroit, puis elle hocha la tête.
– Merci. Et sinon, pour Tulipe, des conseils ?
– Tu devrais l’emmener chez le vétérinaire. Et la laisser là-bas définitivement.
Un coup de poing amical atterrit sur mon épaule pour toute réponse. Shannon avait dû lever le bras : elle était vraiment minuscule. Mais plié en deux sous le parapluie, inondé de lumière fushia, je paraissais encore plus ridicule qu’elle dans ses leggins jaunes et ses semelles compensées. Je souris et elle éternua. Sa tête bascula en avant, s’enfouit dans sa main aux ongles vernis, étouffant le bruit et faisant voler ses mèches de cheveux.
– A tes souhaits, lançais-je machinalement.
– Je me souhaite beaucoup de bonheur, dit-elle avec un sourire las.
D’un même élan, nous avons levé les yeux au ciel et elle a poussé le parapluie pour nous dégager la vue. La pluie tombait sur nous comme des larmes célestes. Je sentis ses épaules s’affaisser dans un soupir.
– Le dessin… C’était tout ce qu’il me restait, avec toi.
– N’oublie pas Tulipe.
– Je ne l’oublie pas, dit-elle en riant.
Un nouveau silence.
– Je dois y aller, lança-t-elle finalement.
– Oui. A demain.
Une hésitation.
– Tu as de la chance. Je veux dire, que ton père ait l’alcool amorphe. Mon beau-père… Enfin, tu sais tout ça, hein ? Bon, à toute !
A toute. Toute quoi ? J’eus un pincement au cœur. Elle se maquillait trop. C’était pour s’empêcher de pleurer –pour se dire que le maquillage coulerait, que ce serait catastrophique. Je le savais, comme je savais ce qui se passerait quand elle rentrerait chez elle et trouverait Marc complètement saoul. Pourtant, ma lâcheté reprit le dessus. J’aimais bien Shannon, mais tant pis pour elle, pour moi, pour nous, je n’arrivais pas à la protéger assez pour prétendre l’aimer. A l’aider. A faire ce que j’aurais dû faire. Mais qu’aurais-je dû faire ? Elle s’en alla, volant mon abri passager. Je sentis la pluie me couler dans le cou. Je la regardais s’éloigner sans se retourner, de dos, la démarche trop triste pour toutes ces couleurs. Ce n’était qu’une carapace, de toute façon. Sous le blazer orange à tête d’ours, sous la lumière crue du néon rose, un nouveau bleu était apparu. Je me passais une main lasse sur le visage.
Et mon père est toujours la même boîte de cendres. Je rate tout. Le vélo ? Je me souhaite beaucoup de bonheur. Le dessin, c’était tout ce qu’il me restait, avec toi. Mon beau-père…
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J'ai bien aimé. C'est un portrait original, coloré mais tu n'exploite pas assez les cinq sens dont tu parles. Tu pourrais développer cette idée tout au long du texte.
Ton texte est vif, léger, vivant, prenant. C'est une scène d ela vie quotidienne, banale mais qui nous prend. Tu décris bien les sensations des personnages, on est avec eux, leur poésie.
Après, je trouve que tu n'es pas assez concise dans tes phrases ; certains de leur éléments sont inutiles ou téléphonés. Et puis, un ptit enrichissement du vocabulaire ne ferait pas de mal non plus. Wink

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MessageSujet: Re: Shannon   Sam 4 Juin - 16:58

Comme je l'ai dit à LN, je pense refaire entièrement ce texte, mais je prendrais tes conseils en compte.
Merci de ton commentaire. ^^
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