De l'encre dans les veines

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 FURIEUSEMENT ! (nouvelle)

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Auguste
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MessageSujet: FURIEUSEMENT ! (nouvelle)   Ven 17 Déc - 22:57

Furieux contre son patron, qui avait attribuer une promotion
à un autre que lui de moindre expérience que la sienne dans l’entreprise qui l’avait embauché il y a dix ans, Marcel Comtois lui remit sur le champ sa démission et claqua la porte de son bureau lorsqu’il en sortit , sans saluer la secrétaire qui lui était pourtant si dévouée qui l’avait entendu tempêter derrière la cloison.
Écumant de rage, il prit place dans son automobile pour un rendre dans un bar où il avait coutume d’aller. Et là, il s’enivra.
À son retour chez lui, il informait sa femme qu’il avait laissé son emploi et s’en fut se coucher sans lui avoir fourni la moindre explication.

En raison de son sale caractère, cet homme n’avait pas d’amis et sa femme avait commencé de se lasser de ses violences verbales.
Mais, d’où lui venait donc cette mauvaise humeur qui ne l’avait jamais quitté depuis son enfance ? Quand il était bébé, il avait des crises de larmes à répétition, réveillant souvent ses parents pendant leur sommeil.
Et quand il eut l’âge d’avoir des jouets, il les brisait brutalement la plupart du temps. Et à l’école, il se montrait impoli avec les enseignants et grossier envers ses camarades de classe.
Pendant les années qui avaient précédé son mariage avec Thérèse, il manquait de délicatesse dans ses rapports avec les femmes et c’est furieusement qu’il leur faisait l’amour. Ce qui plaisait toutefois à certaines d’entre elles, car il y déployait alors beaucoup de fougue et d’énergie.
Ce qui avait été le cas de Thérèse, qui avait accepté de l’épouser pour cette raison. Mais elle devait vite déchanter par la suite, réalisant que cet homme faisait tout avec rage plutôt que passion, tendresse et amour.
Avec les deux enfants qui leur étaient nés, il trouvait toujours cent raisons pour les disputer, et autant pour accabler de reproches son épouse.
Huit années de vie commune plus tard, avec l’annonce qu’il lui avait faite sans ménagement aujourd’hui de sa démission soudaine, irresponsable et déraisonnable, c’en était trop. L’idée commença à germer dans sa tête qu’il valait sans doute mieux divorcer d’avec lui.
Ce qu’elle fit, quelques semaines plus tard, sans pré-avis.
Le juge obligea le mari à payer pension à madame qui avait obtenu la garde des enfants ainsi que l’usage de la maison.
Ce qui avait alors rendu Maurice fou furieux cette fois, à tel point qu’il en vint à un cheveu près d’enguirlander le juge et à deux doigts de battre Thérèse, mais par crainte d’avoir à en payer un prix encore plus élevé, il se contenta de briser dans la maison un miroir, une lampe, deux assiettes de porcelaine, trois verres, de donner un coup de pied au chat, de déchirer le calendrier et de jeter aux ordures son anneau de mariage ainsi que l’album de photos de ses noces.
Écarlate, Il fit sa valise avec des gestes brusques puis gagna la porte qu’il fit retentir en la refermant pour s’engouffrer ensuite dans sa voiture pour filer dans un crissement de pneus et le son aigu et perçant d’un long klaxonnement qui dérangea tout le voisinage.
— Ouf ! soupira Thérèse, qui rassembla alors ses enfants et le petit chat autour d’elle pour les rassurer tous.
Pendant ce temps, à bord de sa voiture, Marcel se demandait ce qu’il allait maintenant faire non seulement de sa soirée mais aussi de sa vie. C’est alors qu’il prit le chemin qui le conduisit chez sa soeur aînée, qui vivait seule dans un grand appartement. Jacqueline était la seule personne avec laquelle il s’était toujours bien entendu, car elle était autant prompte et intempestive que lui.
Il fut convenu qu’elle le garderait chez elle quelque temps pour le dépanner, n’ayant plus d’endroit pour dormir, le temps aussi de se trouver un autre emploi et un autre logis.
Au fil des jours, Marcel ne décolèrait toujours pas. Décidément, la fureur était un état permanent chez cet homme, alors que les crises de colère étaient moins fréquentes chez cette femme. De petites disputes commencèrent alors à survenir entre lui et sa soeur, chose qui ne s’était jamais produite auparavant.
Ils fouillèrent dans leur enfance pour tenter d’en découvrir la cause. Était-ce génétique ? Pourtant, leurs parents avaient toujours été de bonnes personnes, douces et paisibles. Non, il devait y avoir d’autres raisons, un fait marquant peut-être dont ils n’avaient pas souvenance.
— Pour le savoir, dit Jacqueline, il faudrait consulter un psychologue. Ou bien aller en thérapie.
— Et ça donnerait quoi ?
— À nous apprendre, à toi surtout, à contrôler à tout le moins nos humeurs. Et si c’est une maladie, à la soigner. À en guérir peut-être.
Marcel se laissa convaincre, en insistant pour dire qu’il se rendrait consulter seul, pour des raisons qui lui étaient personnelles.
Le psychologue était un homme d’une soixantaine d’années
qui lui demanda en premier lieu la raison qui l’avait conduit dans son cabinet.
Un bref instant, il fut tenté de lui répondre que c’était pour voir s’il portait ou non une cravate, mais il s’en abstint, préférant y aller par une question.
— Pourquoi vient-on vous voir généralement ?
— Je pressens que ça ne sera pas de tout repos avec vous.
Répondez-moi plutôt sans faire de détours, d’une façon directe ou brutale, si vous voulez, mais franche et précise.
Deux heures plus tard, après avoir obtenu des réponses nettes et éclairantes à chacune de ses questions, il en vint à la conclusion que l’homme qui se trouvait devant lui était un compulsif-excessif, autrement dit un impatient, un impulsif, toujours insatisfait et déçu dans ses attentes, et réfractaire aux moindres contrariétés. Un comportement caractériel qui se manifestait de façon récurrente, chronique.
— L’agression sexuelle dont vous m’avez dit avoir été l’objet durant votre jeunesse aura été le déclencheur instantané d’une perturbation psychologique profonde, avec pour conséquence de déséquilibrer votre système nerveux. Et parce que vous en n’avez jamais parlé à personne pour vous libérer de ce qui vous était arrivé, tout ce dérèglement a perduré. Vous pensiez sans doute que vos colères vous soulageraient ? Au contraire, elles n’ont fait que les attiser et les intensifier. De plus, en vous défoulant sur les autres, vous n’avez rien obtenu en retour qui aurait pu compenser. Au lieu de fixer votre rancœur extrême sur la personne qui vous avait violé, vous avez canalisé votre haine sur les autres et votre ressentiment sur vous-même, avec pour résultat que vous avez atteint le point limite d’une crise qui vous a finalement conduit jusqu’à moi parce qu’elle était en train de pulvériser votre raison et gâcher complètement votre existence, en vous faisant perdre coup sur coup travail, femme et enfants, en attendant de vous faire perdre la vie que vous vous seriez alors donné vous-même.
Pendant que le psychologue lui tenait ces propos, Marcel Comtois avait serré ses poings. Et il sentit un vague noire monter en lui quand l’homme lui rappela la réaction presque catastrophique qu’il avait eue quand on lui avait dit qu’il n’était pas éligible pour devenir un policier, ainsi qu’il avait rêvé d’être depuis toujours, en raison de son profil psychoiogique jugé incompatible avec la fonction.
— Que faut-il faire ? demanda-t-il.
— Écoutez. Ce n’est pas une maladie que d’être toujours en rogne. C’est un état d’esprit, une attitude mentale, qui a généré chez vous un comportement d’agressivité active (que j’appelle la furiosité) devenu pour ainsi dire naturel et partie intégrante de votre personnalité, en faisant de cette caractéristique un trait majeur et une marque distinctive qui vous démarquent tout en vous singularisant.
Le consultant fit une pause pour prendre une gorgée d’eau, puis poursuivit :
— Autant certaines personnes sont toujours d’un naturel gai et enjoué, autant on en trouve d’autres catégories d’individus qui sont toujours distraits; d’autres toujours contents, d’autres toujours tristes, moroses, larmoyants, pleurant pour un rien; d’autres qui sont gentils et aimables; d’autres qui sont raseurs et casse-pieds; d’autres qui sont ennuyeux et qui s’embêtent; d’autres toujours disposés à s’amuser et à rire spontanément…et ainsi de suite.
— Avant d’en terminer, avez-vous des conseils à me donner ?
— 0ui. Et des suggestions maintes fois éprouvées avec succès qui vous seront salutaires, à la condition de les mettre en pratique. Adoptez de nouvelles habitudes de vie, faites de longues promenades dans la nature, respirez à fond. Changez-vous les idées en allant voir des comédies au cinéma ou des spectacles d’ humour. Prenez le temps de goûter ce que vous mangez, à siroter votre vin plutôt que de le boire d’une seule lampée. Apprenez surtout à agir lentement, à vous donner le temps de bien réfléchir avant de posaer un geste ou d’entreprendre une action. Et voilà la recette toute simple. C’est trois cents dollars. Vous me payez par chèque ou comptant ?
Marcel Comtois eut beau faire quelques tentatives, le calme ne lui revenait pas. Il aurait probablement fallu, pour qu’il réussisse à trouver un comportement normal et équilibré, que le psychologue lui dise, en appuyant bien sur l’adverbe, de s’y mettre… furieusement !











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