De l'encre dans les veines

Une plume au bout des doigts, un monde derrière la tête...
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Les marchands de sable [ longue nouvelle, en cours ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
A. N. O'Nyme
Plume habituée
Plume habituée
avatar

Féminin
Nombre de messages : 871
Age : 22
Localisation : Très loin de son sens de l'orientation
Loisirs : Se perdre, mais avec quelqu'un
Catégorie (Ecrivain,Poète,Dessinateur,Photographe) : Etre humain normalement constitué
Date d'inscription : 28/08/2007

MessageSujet: Les marchands de sable [ longue nouvelle, en cours ]   Sam 23 Oct - 15:44

[ Le prologue est optionnel et à retravailler au niveau de la forme, on ne s'affole pas ]

Elle était seule dans la pièce blanche. Elle s'était recroquevillée dans un angle capitonné et ne formait plus guère qu'un amas de muscles et de nerfs tendus au possible par une peur viscérale. Sans un geste, sans un bruit, elle se repliait en elle-même, disparaissant peu à peu dans le trou noir situé au creux de son estomac. La terreur lui mordait l'estomac, lui oppressait les poumons, lui broyait les clavicules. Elle sentait venue l'heure d'un jugement fatal sans savoir pour autant de quel crime elle était accusée. La blancheur de la pièce l'aveuglait et faisait naître sur son regard une multitude d'étincelles de néant. Autour d'elle tout bougeait, les parois se déformaient pour former un dôme où elle distinguait des fresques aux couleurs passées. Les dalles de béton recouvertes de moquette se soulevaient ou s'enfonçaient, créant un escalier éphémère. Sa peur se faisait plus forte à mesure que son environnement changeait. Le sol glissa dans un gouffre piqueté d'étoiles et les murs croulèrent tel un château de cartes. Elle se retrouva au cœur d'un temple végétal. Les colonnes en étaient les troncs séculaires des tamariniers dont les branches s'étendaient en canopée et masquaient le soleil verdâtre. Sur le sol fangeux, des serpents céruléens s'écoulaient en de lentes reptations vers un fleuve de lumière qui enserrait de deux langues de feu un autel d'obsidienne. Elle tenait la place du sacrifice. Elle n'était plus que terreur et souffrance. Un lien invisible se resserrait lentement sur sa gorge, la privant d'un air qu'elle inspirait désespérément. Le sang battait si fort à ses tempes qu'elle percevait à peine l'étrange hululement des arbres aux formes torturées. Elle suffoquait. Pourtant, dans un instant de lucidité, elle se souvint : ce n'était qu'un rêve dont elle connaissait la fin. Elle allait voir une tache d'encre envahir son champ de vision. Puis, quand la mort lui paraîtrait certaine, une voix grave interviendrait soudain, lui récitant une longue liste de méfaits fantaisistes. Il y aurait notamment le vol d'un service à thé en quartz massif. Un parchemin se matérialiserait entre deux toucans, portant la sentence d'un tribunal de cordonniers. « Pour les nombreux crimes décrits précédemment, mais surtout pour vous être laissée prendre la main dans le sac, vous êtes déclarée coupable. » Elle s'inquiéterait, sa respiration s'accélèrerait. Les branches des tamariniers s'écarteraient un instant, lui laissant distinguer au loin la silhouette solitaire d'une tour de guet. Une bise glaciale se mettrait soudain à souffler, emportant le temple et les tamariniers pour la laisser seule au bord d'une falaise se dressant face à la mer. Dans son dos, elle entendrait la tour s'effondrer sous les assauts répétés du vent. Le baryton déclamerait alors son texte d'un ton pompeux. « Vous êtes par conséquent condamnée à... » Elle n'entendrait pas la fin de la phrase qui lui serait dérobée par une bourrasque colérique. À ses pieds, elle verrait la mer déchaînée et se demanderait un instant combien de temps tiendrait la falaise de granit. Elle ferait un pas en avant et se pencherait légèrement afin de mieux voir les motifs dessinés sur les récifs par l'écume bouillonnante. Elle entendrait la voix exaspérée lui hurler sa peine mais elle ne parviendrait pas à saisir les mots. Puis elle sentirait une brusque poussée au creux de ses reins et elle basculerait vers les flots déchaînés.
Noir.

_________________
image de dark-spider
Qui a dit que l'écriture était une névrose ?
Ne guérissons pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
A. N. O'Nyme
Plume habituée
Plume habituée
avatar

Féminin
Nombre de messages : 871
Age : 22
Localisation : Très loin de son sens de l'orientation
Loisirs : Se perdre, mais avec quelqu'un
Catégorie (Ecrivain,Poète,Dessinateur,Photographe) : Etre humain normalement constitué
Date d'inscription : 28/08/2007

MessageSujet: Re: Les marchands de sable [ longue nouvelle, en cours ]   Sam 23 Oct - 15:47

[ Bon là je suis plutôt satisfaite de cette partie donc vous pouvez vous défouler ]


I


Maxime s'éveilla avec un gémissement d'outre-tombe. Il gisait sur le parquet, le drap entortillé autour de la gorge et la main gauche perdue dans les rideaux. Quelques instants s'écoulèrent avant que son esprit ne s'éclaircisse puis il se redressa sur un coude. Il ouvrit alors les yeux sur un paysage apocalyptique. Sa chambre semblait avoir été le théâtre d'une bataille mémorable dont les blessés et les morts auraient étés balayés par un ouragan. Un réveil éventré vomissait ses rouages sur un sweat gris clair. Un dictionnaire latin-français tenait en équilibre instable sur un tiroir à demi-ouvert. Des piles de livres et de classeurs se maintenaient droites par l'opération du Saint-Esprit et quelques formes menaçantes de vêtements abandonnés hantaient ces territoires hostiles. La bibliothèque et le lit figuraient de hauts sommets inaccessibles surplombant les fleuves de papiers en vrac se déversant d'une pochette drossée sur une paire de chaussures par la violence du typhon. Sur le plateau aride du bureau, les pots à crayons s'étaient renversés et l'ordinateur portable dominait de son écran un cactus solitaire. Ce décor fantasmagorique prenait tout son sens dans la lumière faiblarde des réverbères qui pénétrait par la fenêtre grande ouverte accompagnée d'un furtif rayon de lune. Le cerveau de Maxime tournait à plein régime tandis qu'il s'efforçait de trouver une explication rationnelle au désordre surréaliste qui régnait. « Il est quatre heures et demie du matin. J'ai donc dormi en tout et pour tout deux heures. Durant ce laps de temps, un ours téléguidé par une technologie extra-terrestre a trouvé le moyen de s'introduire dans ma chambre, de la retourner entièrement à la recherche d'un document secret d'état que l'on m'a confié après m'avoir lavé le cerveau et de repartir dans un hélicoptère des Forces Spéciales. Le tout sans que ni moi, ni ma famille n'entendions quoi que ce soit. » Mouais. Une excuse n'impliquant ni complot planétaire orchestré par la CIA ni petits hommes verts ou esprits frappeurs serait certainement plus crédible. Mais avant que de partir en quête de ce Graal de l'adolescent pris en faute, mieux valait pour lui tenter de minimiser les dégâts par une incontournable séance de rangement. Il s'attela donc à la tâche tout en remerciant le ciel de ce que personne n'ait été témoin de son vandalisme nocturne.
Certes, ce n'était pas un secret plus honteux qu'un autre. Pourtant, son problème atteignait aujourd'hui de telles proportions que le mentionner à ses parents équivalait à prendre immédiatement rendez-vous avec un psychiatre réputé. Son père contemplerait le désastre avec un haussement d'épaules tandis que sa mère devenue livide se mordrait le poing d'angoisse. Comment ?! Son benjamin, son enfant chéri ne serait pas normal ? Cet être qu'elle avait élevé dans un amour aseptisé et une attention factice céderait son corps à des démons nocturnes avides de destruction ? Elle s'affolerait et se jetterait sur le téléphone, demandant à une amie le numéro d'un de ces gourous modernes qui accomplissaient des miracles sur leurs cobayes de bonne famille. Puis elle composerait en tremblant les quelques chiffres desquels dépendrait désormais l'harmonie de son foyer. Elle conviendrait d'une date et d'une heure avec une voix désincarnée au timbre métallique. Elle insisterait pour accompagner son fils jusqu'à une porte en noisetier ornée d'une plaque dorée. Le regard bienveillant du praticien qui lui ouvrirait la conforterait dans sa décision de faire suivre une telle thérapie à son rejeton. Au fil des séances, le médecin devinerait que les rêveries hallucinatoires de son patient n'étaient que la fleur d'un nénuphar de folie aux racines interminables. Il analyserait le fin réseau tissé par la maladie autour de l'esprit alambiqué de son patient. Ce qu'il découvrirait le ferait frémir. Il y aurait bien entendu une part d'appréhension : il s'engouffrerait dans des terres inconnues de la psyché humaine. Mais il ne pourrait s'empêcher de ressentir également une certaine fascination morbide pour cet adolescent profondément malade. Il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour le guérir d'une névrose indélébile. Il commencerait en des termes rassurants : « Mon garçon, tu n'es pas fou. Tu es malade, et toute maladie a ses antibiotiques. » Oh, il emploierait à loisir la langue de bois des médecins confrontés à une infection exotique et probablement létale, avec le mélange de curiosité juvénile et de professionnalisme blasé dont ils faisaient preuve. Selon le spécialiste contacté, on aurait le choix entre les interminables séances de psychanalyse consacrées à la recherche du traumatisme de l'enfance, les tests psychologiques basés sur l'observation de diverses taches colorées ou encore l'internement pur et simple pour « reconstituer des bases saines nécessaires à une psyché équilibrée à l'écart de l'environnement familial. » On le guérirait, ses parents paieraient assez cher pour ça. On déracinerait ce nénuphar de folie avec lequel il avait appris à cohabiter. On le débarrasserait de son mal et on le relâcherait, totalement sain d'esprit. Les exigences de ses proches seraient satisfaites, il rentrerait enfin dans le moule du fils, du frère, de l'élève idéal. Il n'aurait plus rien d'unique. Il ne serait plus qu'une coquille vide. Non, nul n'avait le droit de lui faire ça.
Le garçon poussa un soupir bruyant qui coupa court aux élucubrations de son cerveau ensommeillé. D'autres questions plus importantes que le nom de son futur hôpital psychiatrique le taraudaient actuellement et ses neurones étaient donc priés de fournir une réponse argumentée en trois parties à une question existentielle de la plus haute importance : que diable faisait un canard en peluche dans sa chaussure droite ?

_________________
image de dark-spider
Qui a dit que l'écriture était une névrose ?
Ne guérissons pas.


Dernière édition par A. N. O'Nyme le Sam 23 Oct - 15:53, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
A. N. O'Nyme
Plume habituée
Plume habituée
avatar

Féminin
Nombre de messages : 871
Age : 22
Localisation : Très loin de son sens de l'orientation
Loisirs : Se perdre, mais avec quelqu'un
Catégorie (Ecrivain,Poète,Dessinateur,Photographe) : Etre humain normalement constitué
Date d'inscription : 28/08/2007

MessageSujet: Re: Les marchands de sable [ longue nouvelle, en cours ]   Sam 23 Oct - 15:49

[ Et là, c'est le drame. Je suis nulle en dialogues. ]

« Bouh.
- Ahah, très drôle. », répliqua Maxime instinctivement.

La silhouette qui se découpait sur la nuit grise s'immobilisa, interloquée. Noir néant, faite plus d'absence de lumière que d'une simple ombre, elle était une apparition fantaisiste sur ce fond sans étoiles. C'était à elle de surprendre. La réponse de l'adolescent brisait le dialogue étudié de la rencontre et inversait les rôles. Elle, l'entité millénaire qui vous glissait des frissons inconscients dans le dos et vous faisait sursauter sans raison valable, elle l'incarnation de l'imprévu, de la surprise, elle restait décontenancée face à un garçon mal réveillé. Il aurait dû s'affoler, se demander qui était cet intrus. Il aurait dû agir conformément aux didascalies gravées dans le marbre. Au lieu de cela, il se retournait gracieusement, une chaussure dans une main et un sourire ironique aux lèvres. Il plissait les yeux un instant, tentant de distinguer quelques détails de cet humain à peine esquissé, puis haussait négligemment les épaules. Sans doute son rêve continuait-il dans un décor plus familier avec la présence d'un Peter Pan couleur néant. En tout cas ça expliquerait la présence du canard en peluche.

« Qui êtes-vous ?, demanda-t-il finalement par pure courtoisie pour rompre un silence pesant.
- Je suis l'Ombre, je suis le Secret, je suis la Surprise, je suis l'Absence, je suis...
- D'accord. On abrège les présentations, moi c'est Maxime, chère Ombre. Mon Dieu, dans la catégorie rêves totalement absurdes, on devrait me décerner une médaille. »

L'Ombre piquée au vif se tut un instant puis tenta d'enchaîner, vaille que vaille, sur le dialogue convenu. Ce n'était pas un môme incrédule qui l'empêcherait d'accomplir sa mission.

« Je suis venue te chercher...
- Oh non, s'il-vous-plaît, je sais que je suis parfaitement fou à lier mais ne me faites pas le coup du monde parallèle qu'il faut sauver à tout prix. Je déteste ce genre d'intrigues de romans d'heroic-fantasy pour gamins pré-pubères. », l'interrompit-il, comme implorant son inconscient de faire preuve d'un peu plus d'originalité dans le choix de ses représentations nocturnes. « Le dernier cauchemar sortait un peu des sentiers battus, et puis le cadre était intéressant. Là, franchement, je suis déçu. » Il parlait sur un ton un brin sarcastique, tel un cinéphile incendiant poliment un réalisateur qui avait raté son pari.

« Tu vas me laisser parler, oui ?
- Non. »

L'Ombre soupira bruyamment, excédée. Ce ne serait décidément pas une partie de plaisir de convaincre cet adolescent cynique qu'il existait encore un peu de merveilleux caché en ce bas monde. Il le fallait bien, pourtant, si on voulait sauver le rêve.

« Écoute gamin, l'heure est grave. L'imaginaire est en train de mourir. Chaque jour, des bulles-univers disparaissent dans la grisaille, faute de rêveurs pour les faire vivre. Nous devons rassembler tous les Songeurs que nous pouvons trouver pour que le Rêve puisse survivre.
- C'est normal que je ne comprenne pas un mot ?, demanda l'adolescent d'un air dubitatif.
- Tout à fait. Je n'ai pas le temps de tout t'expliquer, mais en résumé, tu disposes d'un imaginaire plus fertile que la moyenne qui permet de générer par un tas de manipulations compliquées de nouvelles bulles-univers que les rêveurs peuvent ensuite s'approprier. Tu es un Songeur et tu peux nous aider à sauver le Rêve de la destruction.
- Totalement surréaliste. Si avec ça je ne finis pas en hôpital psy...
- Bon. Trêve de discussions oiseuses. Nous partons pour Kal'en-Bourg.
- Je crois que vous n'avez pas bien compris : je n'en ai pas envie., déclara Maxime d'un ton tranchant.
- Je crois que c'est toi qui n'a pas bien compris. rétorqua l'Ombre avec une sorte de sourire narquois dans la voix. Tu n'as pas vraiment ton mot à dire. On a besoin de toi, tu viens. C'est tout, personne ne t'a demandé ton avis sur la question. »

_________________
image de dark-spider
Qui a dit que l'écriture était une névrose ?
Ne guérissons pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Les marchands de sable [ longue nouvelle, en cours ]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Les marchands de sable [ longue nouvelle, en cours ]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Nouvelle session cours KGS de Fan Hui.
» Plage de sable noir
» Jean Cocteau.
» Ruth Rendell / Barbara Vine
» MOULE BOIS POUR FONTE AU SABLE

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
De l'encre dans les veines :: Ecrivains :: Les oeuvres :: Nouvelles-
Sauter vers: