De l'encre dans les veines

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 La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]

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A. N. O'Nyme
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MessageSujet: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Dim 9 Mai - 22:45

Tout d'abord, si je vous soumet ce premier extrait d'une bête pas encore rédigée, c'est pour être sûre que je ne fais pas fausse route. Je sais que ça diffère de mon style habituel, mais il s'agit vraiment d'une tentative. Si vous trouvez certaines phrases tordues ou lourdes, merci de me le signaler immédiatement. Le dernier paragraphe, surtout, me pose problème, donc allez-y, hein, tout ce que vous direz m'aidera. Surtout si c'est négatif.
Cette nouvelle devra mesurer 5341 mots en version finale à cause d'une contrainte débile que je me suis donnée et qui avait pour but de me motiver à écrire.



La Morphine des Bohèmes


La fée verte d'un regard vous ensorcelle et d'une parole suspend toutes vos peines. Elle vous tend sa langoureuse main et doucement vous entraîne sur le vaisseau aux voiles de brume. Des vapeurs se soulèvent quand le navire appareille dans le silence du crépuscule – vous voguez sur les eaux troubles du Léthée ! Votre cruelle magicienne, votre douce-amère aux cheveux d'algue vous offre ses lèvres tel un fruit mûr au goût d'éternité. Extase incomprise du poète ! Que l'honnête homme connaisse ce plaisir qu'il méprise, qu'il y goûte dans une folie passagère... ! Aussitôt, il sera du nombre de ceux qu'il blâmait hier. Déchéance et misère sont le prix qu'a fixé la sorcière à votre jouissance dans quelque obscur cabaret car elle sait qu'à elle ses charmes vous attachent jusqu'à ce que vous puissiez dire à la toute fin, l'âme nue devant Osiris : « Certes, j'ai péché, mais j'ai vécu ! ». Vous exhalerez alors votre dernier soupir, empli encor de vos rêves de bonheur et vous irez rejoindre votre tragique, votre toxique muse dans d'impénétrables bois nimbés d'un silence troublant dans l'éternel demi-jour qui baigne ces contrées.



I


Dorian avait toujours éprouvé une certaine volupté à sentir ses paupières se clore sur la certitude qu'aucune rêverie parasite ne viendrait troubler son sommeil. Il jouissait en propriétaire d'un néant vaste et noir depuis son coucher jusqu'à son lever sans jamais recevoir la visite innoportune d'une de ces chimères qui s'insinuent dans les nuits des tristes et des insatisfaits puis les leur font sournoisement paraître plus importantes que leurs heures de veille. Et jamais non plus il n'avait été hanté par l'une de ces insomnies qui transforment les nerveux et les sensibles en pâles spectres aux yeux cernés. Chaque matin le trouvait radieux et parfaitement reposé, prêt à extraire tout le suc des personnes qu'il croiserait afin de mieux servir ses intérêts. Il provoquait l'admiration et l'envie de ses collègues, mais il les effrayait aussi ; jeune et perpétuellement dynamique, il semblait capable de lancer tout son être, toute sa vie dans sa course effrénée après l'argent sans jamais montrer un seul signe de fatigue. Et tous reconnaissaient dans son absence de morale, son appétit démesuré, son irrépressible envie de parvenir par tous les moyens au sommet, ce type unique et particulier qu'on désigne toujours par un euphémisme. Dorian, enfin, était un ambitieux. Il était de ceux qui sont prêts à obéir à tous les patrons tyranniques dans l'espoir de les remplacer un jour, de ceux qui sont prêts à accepter les pires avanies pour que leurs subalternes les endurent plus tard. Et chaque soir, tandis qu'il contemplait la rue fangeuse que dominait sa chambre au troisième étage d'un immeuble décrépit, tandis que son estomac se nouait devant sa présente misère, tandis que le sommeil du juste semblait malgré tout prêt à le terrasser, il se faisait la même promesse dictée par sa foi inébranlable en une justice supérieure : «Aujourd'hui n'est rien. Demain, Paris sera à mes pieds !»
Pourtant ce soir-là, et ce pour la première fois depuis bien longtemps, Dorian ne trouva pas le sommeil. Il eut beau se tourner et se retourner, se lever quelques minutes avant de se recoucher, il ne s'endormit pas. Il n'était tout simplement pas fatigué. Il entendait le bruit des voitures qui allaient et venaient sur les pavés d'une artère proche de chez lui, il voyait le ciel d'été dans toute son obscure pureté par la fenêtre qu'il avait ouverte toute grande pour mieux profiter de la fraîcheur du soir. Repoussé par Morphée, il faisait les cent pas comme une âme en peine ou s'allongeait sur son lit pour contempler les motifs des lézardes du plafond et se perdait dans une songerie sans rime ni raison. Chaque seconde que rythmait la trotteuse de sa montre lui semblait sonner le glas d'une nouvelle éternité. Enfin il éprouvait l'immense pesanteur de ces interminables heures d'ennui qui berçaient la ville endormie derrière les portes closes et les volets fermés. Il vieillissait d'instant en instant, rattrapé par les cauchemars desquels il s'était si longtemps joué. Les ombres qui dansaient sur les murs enflaient, s'agitaient, grandissaient, tel un torrent déchaîné d'obscurité qui l'eût à coup sûr emporté dans ses flots écumants vers le lointain royaume d'Hypnos sans la présence à tous égards insolite de la flamme vacillante et dorée de la chandelle. Cette lueur était son phare dans la tempête, sa bonne étoile qui devait lui permettre de recouvrer la raison quand l'aube triompherait de la nuit. Mais une cruelle bourrasque souffla ce fragile viatique de jour. Alors, en ces heures consacrées au démon, toutes les terreurs ancestrales qu'il avait enfouies sous une logique cartésienne dès son plus jeune âge reparurent. Un frisson le parcourut tout entier lorsqu'il sentit sur son visage ce courant d'air glacial et chargé d'encens qui lui sembla tout droit provenir de l'au-delà. Jamais il ne s'était senti si seul et vulnérable, comme à la merci de toutes les puissances infernales et de toutes les chimères que son esprit enfiévré distinguait entre les rayons de lune qui déchiraient l'intense noir de la chambre. Ô terrible angoisse ! Ô perfides secondes qui lui répétaient sans fin le peu de temps qui lui restait à vivre avant l'heure redoutée de la pesée des âmes !
Mais cette peur fut peu à peu tempérée d'une brûlante colère qui remontait du fond de ses entrailles en une vague nausée tandis qu'il se remémorait ce qu'avait été sa vie jusqu'en cet instant fatidique. Quoi !, il aurait couru, il aurait sué, il aurait trimé et il serait mort dans la fleur de sa jeunesse sans avoir même la plus infime chance de récolter les fruits de son labeur ? Il aurait sacrifié sa conscience et ses sentiments sur l'autel de la richesse sans jamais effleurer cette maîtresse versatile ? Non ! Tout son être se révoltait contre une telle infamie. Il était tout simplement inadmissible qu'il doive aujourd'hui embarquer sur la galère funèbre. Ce fut cette futile et bien inutile résistance qui le tira de cette paralysie induite par une terreur surnaturelle et lui permit d'observer d'un œil nouveau les démons d'obscurité qui tendaient leurs mains avides dans sa direction. Car il sentait au plus profond de lui-même, en-deçà des sentiments et des sensations, comme une évidence prémonitoire, que les Parthes n'avaient point coupé le fil de son existence. Son temps n'était pas encore venu. Fort de cette toute-puissante certitude, il se redressa face à ses spectres et leur déclara d'un ton railleur : «Voyons ! Peut-on mourir avant même d'avoir vécu ?» À ces mots catégoriques, ses paupières se rouvrirent sur une grise lumière qui baignait la chambre. Cette insomnie n'aurait été qu'un étrange, qu'un douloureux cauchemar dans un sommeil qu'il n'avait pas vu venir ?

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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Lun 10 Mai - 19:38

C'est très beau le premier paragraphe. Mais je n'ai rien compris. D'ailleurs, y a t il quelque chose à comprendre?
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Lun 10 Mai - 19:46

Le premier paragraphe est une sorte de poème en prose, une ode à la "fée verte". Il est peut-être assez obscur, mais l'intention première était de traduire l'irrésistible attraction qu'elle fait ressentir et l'issue nécessairement fatale d'un contact trop prolongé avec elle [ Pour les âmes pures et innocentes, la fée verte est une métaphore employée pour désigner l'absinthe ] C'était censé jouer sur l'allégorie.

Mais quelle est ton impression sur le reste du "chapitre" ?

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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Mar 11 Mai - 19:44

Alors. Le reste, c'est bien, vraiment, seulement je trouve ça beaucoup trop lourd. Tes phrases sont longues, l'envie de les sauter m'a plusieurs fois chatouillée, et j'ai dû m'accrocher pour terminer le paragraphe. Prend la deuxième phrase, avec Dorian. Mets soit plus de virgules, ou, mieux, raccourcit. Beaucoup d'autres ont le même problème. Bref, allège!
Sinon, tu décrit très bien le personnage, son angoisse, sa façon de penser, de ce côté là, c'est bon. On est emporté dans son univers, on se met à sa place...
Le prologue ne choque pas. Peut-être juste quelques mots de trop, comme "toutes" dans "toutes vos peines", et des virgules seraient appropriées à certains passage.

Voili voilou^^ Tu as l'avis d'un amateur, attend des remarques de quelqu'un d'autre
pour comparer Very Happy
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Mer 12 Mai - 19:15

Personnellement j'ai beaucoup aimé. Les phrases sont magnifiques, la forme donc est superbe et le fond captivant. Je ne vois pas quoi dire d'autres, pour moi il n'y a rien à changer, les phrases longues ne m'ont pas du tout gênée.
Je suis donc une âme pure et innocente.

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"[...]
Le Tibre seul, qui vers la mer s'enfuit,

Reste de Rome. O mondaine inconstance !
Ce qui est ferme, est par le temps détruit,
Et ce qui fuit, au temps fait résistance."

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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Mer 12 Mai - 19:18

Tu insinue que je suis impure et coupable?

Tu peux laisser comme ça, c'est très bien, mais peut-être y aura t il des lecteurs

comme moi
qui prefererons des phrase un epu plus petites^^
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Jeu 13 Mai - 20:43

Si tu veux, Petite Fraise, j'avais l'habitude d'un style beaucoup plus "éthéré" jusqu'à ce qu'on me fasse remarquer que c'était parfois carrément incompréhensible. En plus, étant donné que j'ai lu beaucoup d'auteurs du XIXe ces temps-ci et que je suis très influençable, peut-être ai-je essayé de copier leur style dense en moins bien. Mais je trouve que cette forme de phrases correspond mieux à cette nouvelle et à l'époque à laquelle je l'imagine que des phrases courtes. Imagine un peu !

" Dorian n'avait jamais, mais alors jamais peiné à trouver le sommeil. Pourtant, ce soir-là,..."

'Fin bref, ça ôte pas mal de ce que j'apprécie dans cette histoire.
Après, si vous êtes beaucoup du même avis, peut-être que j'essayerai de raccourcir les phrases sans perdre tout ce que je veux y mettre.

Merci à toi, Snoop pure et innocente =D

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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Dim 16 Mai - 19:54

Moi aussi je suis pure et innocente! C'est pas juste!

Tu peux m'appeler Fraisy^^ Que lis tu exactement qui t'influence? Peut-être que je ne lis pas assez de choses avec un autre style que celui que j'ai l'habitude de lire... Et que je suis moi aussi assez influencée pour que je trouve ton style lourd. Argh, pas clair Razz
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Lun 17 Mai - 18:17

A. N. O'Nyme a écrit:
Tout d'abord, si je vous soumet ce premier extrait d'une bête pas encore rédigée, c'est pour être sûre que je ne fais pas fausse route. Je sais que ça diffère de mon style habituel, mais il s'agit vraiment d'une tentative. Si vous trouvez certaines phrases tordues ou lourdes, merci de me le signaler immédiatement. Le dernier paragraphe, surtout, me pose problème, donc allez-y, hein, tout ce que vous direz m'aidera. Surtout si c'est négatif.
Cette nouvelle devra mesurer 5341 mots en version finale à cause d'une contrainte débile que je me suis donnée et qui avait pour but de me motiver à écrire.



La Morphine des Bohèmes


La fée verte d'un regard vous ensorcelle et d'une parole suspend toutes vos peines. Elle vous tend sa langoureuse main (plutot main langoureuse) et doucement vous entraîne sur le vaisseau aux voiles de brume. Des vapeurs se soulèvent quand le navire appareille dans le silence du crépuscule – vous voguez sur les eaux troubles du Léthée ! Votre cruelle magicienne, votre douce-amère aux cheveux d'algue vous offre ses lèvres tel un fruit mûr au goût d'éternité. Extase incomprise du poète ! Que l'honnête homme connaisse ce plaisir qu'il méprise, qu'il y goûte dans une folie passagère... ! Aussitôt, il sera du nombre de ceux qu'il blâmait hier. Déchéance et misère sont le prix qu'a fixé la sorcière à votre jouissance dans quelque obscur cabaret car elle sait qu'à elle ses charmes vous attachent jusqu'à ce que vous puissiez dire à la toute fin, l'âme nue devant Osiris : « Certes, j'ai péché, mais j'ai vécu ! ». (cette phrase est trop longue, elle ne laisse pas respirer, elle alourdit ton texte et coupe ton rythme.) Vous exhalerez alors votre dernier soupir, empli encor de vos rêves de bonheur et vous irez rejoindre votre tragique, votre toxique muse dans d'impénétrables bois nimbés d'un silence troublant dans l'éternel demi-jour qui baigne ces contrées. (idem. C'est beau mais il faut que tu travaille la longueur des phrases. On est ici comme dans un rêve il faut que ce soit léger, ahéré. )



I


Dorian avait toujours éprouvé une certaine volupté à sentir ses paupières se clore sur la certitude qu'aucune rêverie parasite ne viendrait troubler son sommeil. Il jouissait en propriétaire d'un néant vaste et noir depuis son coucher jusqu'à son lever sans jamais recevoir la visite innoportune d'une de ces chimères qui s'insinuent dans les nuits des tristes et des insatisfaits puis les leur font sournoisement paraître plus importantes que leurs heures de veille. (encore le même problème. C'est beucoup trop long.) Et jamais non plus il n'avait été hanté par l'une de ces insomnies qui transforment les nerveux et les sensibles en pâles spectres aux yeux cernés. Chaque matin le trouvait radieux et parfaitement reposé, prêt à extraire tout le suc des personnes qu'il croiserait afin de mieux servir ses intérêts. Il provoquait l'admiration et l'envie de ses collègues, mais il les effrayait aussi ; jeune et perpétuellement dynamique, il semblait capable de lancer tout son être, toute sa vie dans sa course effrénée après l'argent sans jamais montrer un seul signe de fatigue. Et tous reconnaissaient dans son absence de morale, son appétit démesuré, son irrépressible envie de parvenir par tous les moyens au sommet, ce type unique et particulier qu'on désigne toujours par un euphémisme. Dorian, enfin, était un ambitieux. Il était de ceux qui sont prêts à obéir à tous les patrons tyranniques dans l'espoir de les remplacer un jour, de ceux qui sont prêts à accepter les pires avanies pour que leurs subalternes les endurent plus tard. Et chaque soir, tandis qu'il contemplait la rue fangeuse que dominait sa chambre au troisième étage d'un immeuble décrépit, tandis que son estomac se nouait devant sa présente misère, tandis que le sommeil du juste semblait malgré tout prêt à le terrasser, il se faisait la même promesse dictée par sa foi inébranlable en une justice supérieure : «Aujourd'hui n'est rien. Demain, Paris sera à mes pieds !»
Pourtant ce soir-là, et ce pour la première fois depuis bien longtemps, Dorian ne trouva pas le sommeil. Il eut beau se tourner et se retourner, se lever quelques minutes avant de se recoucher, il ne s'endormit pas. Il n'était tout simplement pas fatigué. Il entendait le bruit des voitures qui allaient et venaient sur les pavés d'une artère proche de chez lui, il voyait le ciel d'été dans toute son obscure pureté par la fenêtre qu'il avait ouverte toute grande pour mieux profiter de la fraîcheur du soir. Repoussé par Morphée, il faisait les cent pas comme une âme en peine ou s'allongeait sur son lit pour contempler les motifs des lézardes du plafond et se perdait dans une songerie sans rime ni raison. Chaque seconde que rythmait la trotteuse de sa montre lui semblait sonner le glas d'une nouvelle éternité. Enfin il éprouvait l'immense pesanteur de ces interminables heures d'ennui qui berçaient la ville endormie derrière les portes closes et les volets fermés. Il vieillissait d'instant en instant, rattrapé par les cauchemars desquels il s'était si longtemps joué. Les ombres qui dansaient sur les murs enflaient, s'agitaient, grandissaient, tel un torrent déchaîné d'obscurité qui l'eût à coup sûr emporté dans ses flots écumants vers le lointain royaume d'Hypnos sans la présence à tous égards insolite de la flamme vacillante et dorée de la chandelle. Cette lueur était son phare dans la tempête, sa bonne étoile qui devait lui permettre de recouvrer la raison quand l'aube triompherait de la nuit. Mais une cruelle bourrasque souffla ce fragile viatique de jour. Alors, en ces heures consacrées au démon, toutes les terreurs ancestrales qu'il avait enfouies sous une logique cartésienne dès son plus jeune âge reparurent. Un frisson le parcourut tout entier lorsqu'il sentit sur son visage ce courant d'air glacial et chargé d'encens qui lui sembla tout droit provenir de l'au-delà. Jamais il ne s'était senti si seul et vulnérable, comme à la merci de toutes les puissances infernales et de toutes les chimères que son esprit enfiévré distinguait entre les rayons de lune qui déchiraient l'intense noir de la chambre. Ô terrible angoisse ! Ô perfides secondes qui lui répétaient sans fin le peu de temps qui lui restait à vivre avant l'heure redoutée de la pesée des âmes !
Mais cette peur fut peu à peu tempérée d'une brûlante colère qui remontait du fond de ses entrailles en une vague nausée tandis qu'il se remémorait ce qu'avait été sa vie jusqu'en cet instant fatidique. Quoi !, il aurait couru, il aurait sué, il aurait trimé et il serait mort dans la fleur de sa jeunesse sans avoir même la plus infime chance de récolter les fruits de son labeur ? Il aurait sacrifié sa conscience et ses sentiments sur l'autel de la richesse sans jamais effleurer cette maîtresse versatile ? Non ! Tout son être se révoltait contre une telle infamie. Il était tout simplement inadmissible qu'il doive aujourd'hui embarquer sur la galère funèbre. Ce fut cette futile et bien inutile résistance qui le tira de cette paralysie induite par une terreur surnaturelle et lui permit d'observer d'un œil nouveau les démons d'obscurité qui tendaient leurs mains avides dans sa direction. Car il sentait au plus profond de lui-même, en-deçà des sentiments et des sensations, comme une évidence prémonitoire, que les Parthes n'avaient point coupé le fil de son existence. Son temps n'était pas encore venu. Fort de cette toute-puissante certitude, il se redressa face à ses spectres et leur déclara d'un ton railleur : «Voyons ! Peut-on mourir avant même d'avoir vécu ?» À ces mots catégoriques, ses paupières se rouvrirent sur une grise lumière qui baignait la chambre. Cette insomnie n'aurait été qu'un étrange, qu'un douloureux cauchemar dans un sommeil qu'il n'avait pas vu venir ?

Alors alors...
Je suis d'accord avec Fraisy. Je n'ai pas compris grand chose non plus.
L'idée est bonne, mais pas très bien exprimée. Le premier paragraphe est bien, même si tu peux l'améliorer. Par contre le reste... Tu n as pas de rythme fixé, on ne sait pas trop sur quel pied danser, on n'accroche pas, on s'ennuie. Problème de longueur de phrase. A la fin de la phrase, j'avais déjà oublié le début. Surtout parce que tes phrases ne sont pas simples à aborder. C'est bien, mais il faut en tenir conpte plus qu ca. Et tu pourrais aussi plus approfondir la réflexion pour qu'elle soit plus visible, donc plus ouverte au lecteur, et donc plus intéressante.
J'aime bien le fond, le premier paragraphe aussi, mais j'ai l'impression que ce n'est pas naturel, que tu te forces. Ne tient pas compte de facon si radicale de ce genre d'avis. Ton style éthéré n'est peut être pas des plus accessibles mais il est très intéressant, surtout que de nos jours, les écrivains qui sont publiés ne recherchent pas nécessairement à faire passer un sens plus complexe dans leur texte, donc c'est parfois plat.

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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Lun 17 Mai - 21:01

Ah!!! La preuve que je suis innocente! Je ne suis pas la seule^^

D'accord avec Cab'.
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Lun 24 Mai - 17:23

A. N. O'Nyme a écrit:
Si tu veux, Petite Fraise, j'avais l'habitude d'un style beaucoup plus "éthéré" jusqu'à ce qu'on me fasse remarquer que c'était parfois carrément incompréhensible. En plus, étant donné que j'ai lu beaucoup d'auteurs du XIXe ces temps-ci et que je suis très influençable, peut-être ai-je essayé de copier leur style dense en moins bien. Mais je trouve que cette forme de phrases correspond mieux à cette nouvelle et à l'époque à laquelle je l'imagine que des phrases courtes. Imagine un peu !

" Dorian n'avait jamais, mais alors jamais peiné à trouver le sommeil. Pourtant, ce soir-là,..."

'Fin bref, ça ôte pas mal de ce que j'apprécie dans cette histoire.
Après, si vous êtes beaucoup du même avis, peut-être que j'essayerai de raccourcir les phrases sans perdre tout ce que je veux y mettre.

Merci à toi, Snoop pure et innocente =D

Hé hé hé, peut-être le fait que je me découvre une passion pour les auteurs du XIXe a-t-il joué dans mon appréciation ? Razz
En tout cas, moi, j'aime beaucoup ces phrases longues qui ne m'ont pas du tout gênées, au contraire, je trouve qu'elles collent parfaitement à l'ambiance...
Rien que la première phrase:

Citation :
La fée verte d'un regard vous ensorcelle et d'une parole suspend toutes vos peines.
Bam! Je peux plus lâcher ton texte. C'est diabolique...

Citation :
Vous exhalerez alors votre dernier soupir, empli encor de vos rêves de bonheur et vous irez rejoindre votre tragique, votre toxique muse dans d'impénétrables bois nimbés d'un silence troublant dans l'éternel demi-jour qui baigne ces contrées. (idem. C'est beau mais il faut que tu travaille la longueur des phrases. On est ici comme dans un rêve il faut que ce soit léger, ahéré. )

Je ne suis pas d'accord, ce n'est justement pas un rêve, pas un vrai, c'est donc normal que ce ne soit pas léger mais lourd et moite ...

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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Lun 24 Mai - 20:02

Annuaire ?

Bon. Je suis un peu mitigée pour ton texte. J'aime bien, mais il y a des choses qui ne vont pas.

Le contraste n'est pas assez marqué entre le premier paragraphe et le reste. Tu nous présentes la fée verte sur le même ton que le reste. Seule différence avec ton texte ? L'italique... Ce qui n'est pas assez. On devrait sentir l'atmosphère à l'oreille. Envoûte-nous plus que ça. On ne peut pas parler de l'absinthe de la même manière que d'un fonctionnaire ambitieux. Cette uniformité rend ton texte un peu plat. Mais ce premier paragraphe est très beau. J'ai juste tiqué sur "langoureuse main" -tu en fais trop ! La dernière phrase est beaucoup trop longue. On perd le début quand on arrive à la fin.

Le reste est pas mal, mais comme je l'ai dit, pas assez différent, trop uni. Ça surprend de te voir avec ce style, mais tu le manies assez bien. Je n'ai pas vu de phrases vraiment trop longues, à part celle que je viens de te dire dans le paragraphe précédent. Donc, bref, c'était pas mal. Mais au beau milieu du troisième paragraphe, j'ai eu un problème d'époque. Je me suis dit : "C'est pas possible, ça se passe pas au vingt-et-unième siècle !" Est-ce le cas d'ailleurs ? Je trouve que tu en fais un peu trop. La tournure des phrases, le vocabulaire... J'ai décroché. Ça devenait un peu lourd. Et cette colère soudaine, alors qu'on ne connait pas grand-chose de Dorian... Je trouve ça bizarre. Comment te dire ça ? Tu nous plonges directement dans ses sentiments, et on ne le ressent pas. On ne le connaît pas assez, peut-être, ou bien tes longues phrases sont une barrière entre lui et nous... Je ne sais pas, ton texte s'est brusquement dégradé à la fin. Je ne saurais pas t'expliquer pourquoi. Sa colère, en fait, on s'en fout un peu. Je crois. Je n'arrive pas à te dire ce qui cloche... Désolée.
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hiola
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Mer 2 Juin - 17:54

J'ai pas vraiment capté le premier paragraphe, il est trop flou.
Pour le reste, tes phrases auraient besoin d'être allégée, peut être avec de la ponctuation ? Mais il ne faudrait pas trop les raccourcir. Juste assez pour que l'on se sente à l'aise. Mais surtout, il ne faut pas arriver dans un style plat.
pas clair...
En bref, il faut alléger tout en gardant le style.

EDIT:
Citation :
Cette nouvelle devra mesurer 5341 mots en version finale à cause d'une contrainte débile que je me suis donnée et qui avait pour but de me motiver à écrire.
Je surveillerai ^.^
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origami
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Mar 8 Juin - 20:31

Les phrases sont très belles et le prologue l'est tout autant mais j'ai eu du mal à comprendre l'intrigue et j'ai du mal à imaginer une suite . Bref c'est un peu trop compliqué et comme petite fraise j'ai par moments eu l'envie de sauter des lignes.
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MessageSujet: Re: La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]   Aujourd'hui à 15:13

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La Morphine des Bohèmes [ Nouvelle ]
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