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 Le Procès de la Folie, Seconde Version.

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Pacô
Bonne Plume
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MessageSujet: Le Procès de la Folie, Seconde Version.   Mar 30 Déc - 12:54

Bref, suite aux remarques de membres avisés, j'ai réécris la nouvelle. En espérant qu'elle plaise encore mieux, je vous souhaite une agréable lecture Wink.
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Le monde de l’Anatomie avait connu bien des conflits, qu’il avait su régler de la manière la plus équitable et la plus ordonnée qu’il soit. Car le monde de l’Esprit, gouvernement droit et sage, trouvait toujours la juste raison pour résoudre les soucis que rencontraient les membres du Corps. À sa tête, le Cerveau Suprême dirigeait cet univers de logique et de discipline. Toute chose avait une cause et une conséquence à laquelle on se devait de réagir d’une manière dialectique. Ainsi il parlait et ainsi les membres du Corps et de l’Esprit l’entendaient. Et depuis la nuit des temps, l’Anatomie adoptait ce mode de raisonnement, jouissant de sa force et de son bon fonctionnement.
Mais depuis peu, un problème sans réponse troublait ce monde de paix et de règles. Même le Cerveau Suprême s’était heurté à cet obstacle et n’avait su le contourner pour rétablir l’ordre si vénéré. Le monde de l’Esprit avait été infecté par un traumatisme sans nom. Déstabilisé, il l’avait nommé le Grand Souci. Et pour la première fois, l’Anatomie connut la peur et la panique. Face au désarroi de la logique, elle perdit rapidement confiance à la dialectique et s’abandonna à l’absurde et à l’incohérence. En un ultime espoir, le Cerveau Suprême pointa du doigt une coupable et convoqua le Jury Souverain, qui possédait le pouvoir absolu pour prendre une décision finale. C’est ainsi que s’ouvrit le procès de la Folie.

Les portes du tribunal encéphalique se séparèrent lentement en deux, découvrant peu à peu les protagonistes de cette longue réunion. Le Cerveau Suprême, à leurs têtes, se faisait vieux, usé. Péniblement, il ouvrit la marche jusqu’au siège monumental, sur le dessus d’une sphère d’argent. Le Jury Souverain lui emboîta le pas, s’avançant résolument au centre de la salle embrumée. L’air grave, il continua jusqu’à la partie supérieure du tribunal et prit place le long des parois transversales. Puis, suivirent les membres du Corps, intéressés par ce procès inhabituel et même exceptionnel. Les deux avocats, nommés d’une manière juste et équitable, se serrèrent la main et se détournèrent l’un de l’autre pour s’installer à droite ou à gauche, suivant leur position sur le Grand Souci. Le débat pouvait alors débuter. Le Cerveau Suprême se redressa, malgré la fatigue qui l’oppressait. Il présidait désormais l’Assemblée, et tous les représentants élus du Corps s’assirent silencieusement afin de ne pas déranger leur chef divin. Le Cerveau Suprême remarqua, avec plaisir, que même les régions les plus lointaines, comme celles des racines, avaient envoyé leurs délégués en dépit de la longue distance qui les séparait du royaume de l’Esprit. Cette constatation lui fit apparaître un sourire amer, ridé. Ce procès jouait leur destiné et toute l’Anatomie en était consciente. Plus à l’avant, les provinces pulmonaires et cardiaques se distinguaient par leur rang, rehaussé depuis la dernière constitution du fonctionnement anatomique. Elles avaient un banc à part.
« Membres du Corps, Membres de l’Esprit, Frères de l’Anatomie, interpella le Cerveau Suprême d’une voix enrouée mais néanmoins emplie de force, je vous remercie de votre déplacement pour assister au procès de la Folie qui bouleverse notre royaume de l’Esprit. »
Son regard balaya la vaste salle. Tous hochaient la tête, certains toutefois avec plus de vivacité que d’autres. Un malaise écrasant bloquait les mouvements de l’Assemblée, muette. Il se propageait entre les rangs qui composaient le tribunal, brisant toute envie de répondre.
« Ne nous attardons pas plus sur le sujet, compléta t-il après quelques minutes de silence accablant, et faites entrer à présent la coupable et la victime. »
Aussitôt, une vibration sonore parcourut l’assistance. Tous se retournèrent. Un battant de la porte avait rencontré la surface de roc du tribunal. Un autre claquement retentit, pour le second battant. Les portes se rouvraient lourdement, après s’être discrètement repliées sur elles-mêmes. Personne ne leur portait d’attention lorsqu’elles ne présentaient aucun nouvel arrivant. Le monde de l’Anatomie vivait ainsi. S’il n’y avait aucun intérêt, on faisait silence. Deux silhouettes se dégagèrent du brouillard encéphalique. Quelques cris d’effroi fusèrent de l’Assemblée, d’autres se contentèrent de baisser la tête, sombrement. Enchaînée, tirée par un bourreau au service du Cerveau Suprême, la Folie pénétra dans le tribunal. A demie nue, elle arpentait en boitillant l’allée centrale, sous les regards multipliés des représentants du Corps. Le silence, toujours aussi pesant, fit taire entièrement les spectateurs du procès. Seul le tintement des chaînes résonnait entre les parois glacées de la salle. Le Cerveau Suprême, du sommet de sa sphère d’argent, contempla la criminelle, celle qui avait semé le chaos dans son domaine de paix et d’intelligence. La Folie atteignit les rangs des représentants des provinces du Cœur, et tous, sans exception, détournèrent la tête à son passage, dissimulant leurs larmes. L’accusée termina les quelques mètres la séparant du promontoire, nommé la barre des accusés, en dérapant misérablement sur le sol lisse, traînée par le bourreau. Elle toussa, brisant instantanément le silence funèbre qui s’était abattu sur le tribunal, et les représentants élus sursautèrent, libérés de leur aphasie. La réalité était bien là, en face d’eux, essoufflée et exténuée, rouée de coups par les sbires de la dialectique. Le Cerveau Suprême l’examinait lui aussi. D’un air noble, de toute sa hauteur, il considérait encore la Folie, sale et maladive qui s’affalait sur la barre de bois, lorsque la victime entra à son tour. Escortée par les plus vaillants du monde de l’Esprit, elle exécuta quelques pas timides vers les premiers rangs. Au contraire du sentiment pour la Folie, l’Assemblée fut remuée de pitié, et de longs soupirs se dégagèrent au coin des sourires bienveillants. Cette jeune martyr s’appelait Âme, la princesse de l’Anatomie. Elle était très belle à une époque, et le demeurait toujours beaucoup encore aujourd’hui. Mais quelque chose en elle avait changé, depuis le Grand Souci. Sa robe de neige frôla le sol gris et Âme risqua, poussée gentiment par ses gardes d’honneur, quelques nouveaux pas. Une profonde humilité s’imprégna des traits des membres élus et le Jury Souverain lui-même n’osait plus la contempler longuement sans éprouver de la pudeur. La victime prit enfin confiance en elle et s’avança au-devant de l’Assemblée, émergeant de son cocon qui composait son escorte. Plusieurs lamentations étouffées roulèrent sur les dalles brutes. Sa robe si parfaite était souillée à de nombreux endroits, obscurcie par des tâches ténébreuses, incrustées à jamais. Le Cerveau Suprême lui-même, bien qu’il fût au courant, lâcha un sanglot et ferma les yeux. L’avocat de droite se leva promptement et dissimula la jeune Âme de sa robe de velours noir, jetant un regard de défi à la défense et à la coupable. Il la prit par la main et l’invita tendrement à prendre place à ses côtés. La victime aperçut alors la Folie, qui la scrutait de ses prunelles lumineuses, et une larme chaude et âcre tomba lourdement, se dispersant sur le sol froid en des centaines de gouttelettes. L’Assemblée semblait n’être plus qu’un bloc unis et contrôlé par une même souffrance, les yeux à présent rivés vers la sphère d’argent lorsque les portes se refermèrent de nouveau. Le Cerveau Suprême se redressa et contempla les deux nouveaux arrivants. La Folie en face de lui, chétive et négligée, grâce au traitement des adeptes de la dialectique, et sa protégée, la princesse des princesses, légèrement inclinée, affectée par une douleur sourde, sur sa gauche. Il se jura en cet instant que tout ce malheur serait terminé bientôt. Le procès pouvait alors commencer.
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