De l'encre dans les veines

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 Le Procès de la Folie

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Pacô
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MessageSujet: Le Procès de la Folie   Mar 11 Nov - 21:17

Je suis sorti de mon VVL, et j'ai enfin (depuis longtps) pondu une nouvelle. Comme elle est un peu longue, et que je veux que vous la lisiez sans vous demander une attention trop longue, j'vais la poser en plusieurs parties Wink .
Ne me remerciez pas, je connais ça aussi Smile .
Donc voilà, dites-en moi des nouvelles. Et, même si je sais que pour un manuscrit, il est formellement déconseillé de faire ça, ne vous arrêtez pas au premier paragraphe (qui peut peut être ennuyé mais qui n'est pas long), je demande justement votre avis sur lui s'il est bien ou pas.
Enjoy Wink.

Citation :

Le Procès de la Folie

Le réveil était dur dans le doux monde de l’Esprit. Ce matin ensoleillé ne présageait pourtant qu’une sombre journée de conflit. Le royaume de l’Esprit se tourmentait depuis plusieurs jours, s’apprêtant à subir douloureusement la résolution du plus grand Souci. Ce dernier se traînait sous les décombres des vastes citadelles qui s’étaient écroulées sous les coups répétés de la barbarie. Les armées de chimères s’étaient retirées depuis. On mettrait définitivement un terme à cette infamie.
Le Grand Cerveau avait été convié à cette cérémonie. Il dirigeait lui-même le monde de l’Esprit, et même celui de l’Anatomie. Aussi, en ce jour obscurci, il avait formé le Grand Jury. Ensemble, ils avaient mûrement réfléchi. Une grande décision serait prise aujourd’hui. Le Grand Cerveau était reconnu pour son immense génie. Une énorme décision était alors attendue de Lui. Car, en effet, le Grand Cerveau affrontait en ce jour sa plus grande ennemie. A quinze heures et demie précises, s’ouvrait le procès de la Folie.

Les portes du tribunal encéphalique se séparèrent lentement en deux, découvrant peu à peu les protagonistes de cette longue réunion. Le Grand Cerveau, à leurs têtes, se faisait vieux. Péniblement, il ouvrit la marche jusqu’au siège monumental, en haut d’une sphère d’argent. Le Grand Jury lui emboîta le pas, s’avançant résolument au centre de la salle embrumé. Il prit place, le long des parois transversales. Puis, suivirent les membres intéressés par ce procès inhabituel. Les deux avocats, fiers de leur nomination, se serrèrent la main et se détournèrent l’un de l’autre pour s’installer à droite ou à gauche, suivant leur position sur le grand Souci. Le débat pouvait alors débuter. Le Grand Cerveau se redressa, malgré la fatigue qui l’oppressait. Il présidait désormais l’Assemblée, et tous les représentants élus du Corps s’assirent silencieusement afin de ne pas déranger le chef suprême. Le Grand Cerveau remarqua, avec plaisir, que mêmes les régions de Podos avaient envoyé leurs délégués en dépit de la longue distance qui les séparait du royaume de l’Esprit. Les provinces pulmonaires et cardiaques se distinguaient par leur rang, rehaussé depuis la dernière constitution du fonctionnement anatomique. Elles avaient un banc à part.
« Membres de l'Esprit, Membres du Corps, Frères de l'Anatomie, interpella le Grand Cerveau d’une voix enrouée mais néanmoins emplie de force, je vous remercie de votre déplacement pour assister au procès de la Folie qui a bousculé notre royaume de l’Esprit. »
Son regard balaya la vaste salle. Tous hochaient la tête, certains toutefois avec plus de vivacités que d’autres. Un malaise se profilait aisément entre les rangs qui composaient le tribunal.
« Ne nous attardons pas plus sur le sujet, compléta t-il après quelques minutes de silence gêné, et faites entrer à présent la coupable et la victime. »
Aussitôt, une vibration sonore parcourut l’assistance. Tous se retournèrent. Un battant de la porte avait rencontré la surface de roc du tribunal. Un autre claquement retentit, désignant le second battant. Les portes se rouvraient lourdement, après s’être discrètement repliées sur elles-mêmes, car personne ne leur portait d’attention lorsqu’elles ne présentaient aucun nouvel arrivant. Deux silhouettes se dégagèrent du brouillard encéphalique. Quelques cris fusèrent de l’Assemblée, d’autres se contentèrent de baisser la tête, sombrement. Enchaînée, tirée par un bourreau au service du Grand Cerveau, la Folie pénétra le tribunal. A demie nue, elle arpentait en boitillant l’allée centrale, sous les regards multipliés des représentants du Corps. Le silence boucha les moindres accès du bruit. Seul le tintement des chaînes résonnait entre les parois glacées de la salle. Le grand cerveau, du sommet de sa sphère d’argent, contempla son ennemie, celle qui avait semé le chaos dans son domaine de paix et d’intelligence. La Folie atteint les rangs des représentants des provinces du Cœur, et tous, sans exception, détournèrent la tête à son passage. L’accusée termina les quelques mètres la séparant du promontoire, nommé la barre des accusés, en dérapant misérablement sur le sol râpeux, traînée par le bourreau. Elle toussa, brisant instantanément le silence de plomb qui s’était abattu sur le tribunal, et les représentants élus sursautèrent, libérés de leur aphasie. Le Grand Cerveau, d’un air noble, toisait encore la Folie, sale et maladive qui s’affalait sur la barre de bois, lorsque la victime entra à son tour. Escortée par les plus vaillants du royaume de l’Esprit, elle exécuta quelques pas timides vers les premiers rangs. Au contraire de la Folie, l’Assemblée fut remuée de pitié pour elle, et de longs soupirs se dégageaient au coin des sourires bienveillants. Cette jeune martyr s’appelait Âme, la princesse de l’Anatomie. Elle était très belle à une époque, et le demeurait toujours beaucoup encore aujourd’hui. Mais quelque chose en elle avait changé, depuis le grand Souci. Sa robe de neige frôla le sol gris et Âme risqua, poussée gentiment par ses gardes, quelques nouveaux pas. Une profonde humilité s’imprégna des traits des membres élus et le Grand Jury lui-même n’osait plus la contempler longuement sans éprouver de la pudeur. La victime prit enfin confiance en elle et s’avança au-devant de l’Assemblée, émergeant de son cocon qui composait son escorte. Plusieurs complaintes étouffées roulèrent sur les dalles brutes. Sa robe si parfaite était souillée à de nombreux endroits, obscurcie par des tâches ténébreuses, incrustées à jamais. Le Grand Cerveau lui-même, bien qu’il fût au courant, lâcha un soupir et ferma les yeux. L’avocat de droite se leva promptement et dissimula la jeune Âme de sa robe de velours noir. Il la prit par la main et l’invita tendrement à prendre place à ses côtés. La victime aperçut alors la Folie, qui la scrutait de son regard lumineux, et une larme chaude et âcre tomba lourdement, s’éparpillant sur le sol froid en des centaines de gouttelettes. L’Assemblée retint à son tour un sanglot et tous étaient à présent tournés vers la sphère d’argent lorsque les portes se refermèrent de nouveau. Le Grand Cerveau se redressa et contempla les deux nouveaux arrivants. Le procès pouvait commencer.
« Nous sommes à présent ici, réunis, pour juger la Folie, annonça t-il de sa voix tonnante qui en effrayait plus d’un. Nous sommes ici pour rétablir l’ordre et la discipline dans cette société dévastée. Nous sommes ici pour mettre un terme au chaos du grand Souci ».
A ces mots, l’Assemblée frissonna, hormis la Folie qui secouait la tête de droite à gauche, d’un air désolé. Le Grand Cerveau ne lui jeta qu’un bref regard. Il la haïssait plus que quiconque. Elle lui avait subtilisé le sceptre qui permettait de conserver l’ordre, celui qui lui conférait le pouvoir en sa totalité. En ces débuts, la Folie avait rallié à sa cause bon nombre de provinces qui payaient aujourd’hui durement le prix de cette union. Cette misérable avait soulevé contre le Grand Cerveau et sa régente, la Raison, une armée des plus ignobles qu’il soit.
« Folie ! apostropha le Grand Cerveau. Nous te donnons en ce dernier jugement, l’ultime chance d’expliquer ton acte. L’ultime possibilité de justifier ta trahison en nos principes universels. Parle maintenant. »
La voix grondante du Grand Cerveau se perdit dans les derniers rangs. Des murmures les traversaient à présent dans l’autre sens, revenant aux oreilles du Président. Ce dernier les arrêta d’un geste de la main, comme si une étrange magie était capable de transformer le bruit en silence. L’accusée se recroquevilla et rit, son dos lacéré tremblant au rythme de son hilarité incongrue. Le Grand Cerveau frappa le sol du pied, provoquant une énorme détonation dans l’ensemble de la salle, et il s’écria :
« Folie ! Pourquoi ris-tu ? Quel humour vois-tu dans le mal que tu nous a fait ?
-Quelle beauté voyez-vous dans l’ordre que vous instaurez ? répliqua la Folie qui reprenait étonnamment son sérieux. »
Le Grand Cerveau, déstabilisé, frappa une nouvelle fois le sol de sa sphère pour faire taire les voix qui s’élevaient.
« Folie ! Comment oses-tu ? rétorqua t-il. La beauté que je vois, tout le monde la ressent. Le Royaume de l’Esprit s’est toujours épanoui par la discipline et l’ordre. Le Corps en subit aussi les bonnes faveurs. Crois-tu que c’est toi, infâme belligérante, qui est capable de te vanter d’apporter le bien dans toute notre Anatomie ?
-Votre honneur, s’interposa l’avocat de l’accusée, avant qu’elle ne réponde. Je vous prie de rester impartial et de ne pas porter attention aux remarques et au comportement de ma cliente. Veuillez l’excuser. »
L’Assemblée se tut. Le Grand Cerveau, après quelques hésitations, hocha du chef et se rassit. Il fit un signe pour montrer à la Folie de poursuivre. Celle-ci soupira et se retourna vers la victime, qui contemplait l’hémicycle du tribunal d’un œil vidé de sensations. La figure d’Âme s’assombrit malgré la blancheur de sa robe. Elle pleurait. Elle ne faisait que ça depuis le commencement du grand Souci.
« Je l’ai fait pour toi, souffla la Folie. »
Des protestations s’élevèrent immédiatement. Le Grand Cerveau attendit, perplexe, puis il rétablit l’ordre, comme le voulait les lois du tribunal encéphalique.
« Je ne l’ai fait que pour toi, répéta l’accusée. Cette société Anatomique est peut être géniale, mais pas pour toi, Âme. Et elle ne voulait pas te laisser partir, alors qu’elle n’avait pas besoin de toi. Tu es destinée à un plus grand dessein que de subir les constitutions d’une société hiérarchisée. »
Le Grand Jury grommela mais, à l’inverse de l’Assemblée, il se tut avant que le président ne le lui impose.
« Qu’ai-je fait à part avoir planté la graine ? s’enquit la Folie en balayant la salle du regard. Qu’ai-je fait à part avoir attiré les attentions de votre princesse de neige sur le destin qu’elle devait rencontrer ? Qu’ai-je fait à part lui avoir offert l’opportunité de rencontrer sa sœur ?
-Vous lui avez octroyé la souffrance, l’interrompit l’avocat de l’opposition. Et de cela vous êtes coupable, Madame la Folie.
-Je n’ai rien fait en ce sens, se défendit l’accusée. Qui a lancé la première pierre ? »
Au même instant, elle appuya son regard sur la sphère argenté. Le Grand Cerveau ne bougea pas et se contenta de ne pas baisser les yeux face à ce regard qu’il estimait insolent.
« Vous avez déclenché la guerre en notre patrie, attaqua l’avocat de l’Âme. Vous avez détruit les bases qui constituaient notre force. Si vous ne vous présentiez pas de la sorte, nous vous aurions assimilée à un virus ! »
La Folie se redressa alors, furieuse. Cette insulte ne pouvait être tolérée, même dans un tribunal encéphalique. Gonflant sa poitrine, elle s’emporta :
« Un virus ?
-Vous nous avez infectés, un à un, continua l’avocat sur la même lancée
-Je ne suis pas plus un virus que vous n’avez de clair-voyance, pesta la Folie d’un ton acerbe. Ne voyez-vous pas que votre supposée protégée se morfondait dans votre royaume reclus, où elle aurait fini par perdre la joie puis la vie sans l’essence que je lui procurais ? Ne voyez-vous pas que votre soi-disante victime se lamentait de ne jamais trouver ce qui la comblait ? Ne voyez-vous pas que j’étais la seule à écouter ses désirs murmurés ?
-Peut être l’avez-vous écoutée, misérable, acquiesça l’avocat. Toutefois, vous avez détourné ses aspirations en votre faveur et vous avez semé la ruine dans l’Anatomie toute entière. »
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Mar 11 Nov - 23:45

J'aime beaucoup. J'attend la suite! Comment le grand cerveau fera-t-il régner justice? Devra-t-il pour cela tuer âme? Usera-t-il pour cela d'électrochocs ou de médicaments? Verra-t-il finalement en la Folie une valeur positive?
Rien à dire, j'aime le fond et la forme, la seule difficulté à lire ton texte était dûe à un format de police un peu petit.
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Mooney
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Mar 11 Nov - 23:46

Bien.
C'est bien.
J'aime bien.
Bien.


L'idée est très originale, et le texte est très bien traité. J'imagine bien la scène, avec la Folie, souillon au visage de reine, demoiselle en guenille aux pensées magnifiques, levant fièrement la tête face au Grand Cerveau, vieillard rabougri mais hautain, à la longue barbe blanche qui traine presque jusqu'au sol, coupé juste avant afin d'éviter qu'elle ne s'abîme, ce qui serait de la pure folie. C'est du moins mon image de la scène.
Hâte de lire la suite.
Crevée donc rien de plus pour le moment comme commentaire.
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Mer 12 Nov - 1:57

Pacôôôô... Quand penseras-tu à l'annuaire, vilain garçon?^^
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Pacô
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Ven 14 Nov - 20:35

Désolé, Madame l'Admin, j'avoue que à chaque fois je zappe... --".
Eh bien merci pour vos commentaires, voici donc la suite, pas très très longue (parce que la nouvelle n'est pas excessivement longue non plus) que j'avais posté sur ImperialDreamer, mais pas ici =S. Alors, bonne lecture Wink.

(Pour les raisons évoquées par cija, je vais pas la mettre en citation ^^).
[...]
L’Assemblée approuva les paroles. La Folie, atterrée, se replia. Une multitude de regards la perça, de toute part, commençant déjà à l’assaillir, à vouloir l’exécuter avant la décision.
« Je ne lui ai qu’insufflé le plaisir de l’amour, lâcha alors l’accusée en se cramponnant à la barre. Vous, vous vous êtes attelés à le lui arracher.
-Nous avons fait ce qui était bon pour elle, sermonna le Grand Cerveau qui s’était hissé de sa sphère.
-Vous l’avez surtout détruit, elle et sa foi.
-Vous n’avez pas à juger les actes du royaume de l’Esprit, fit le président du Grand Jury. Vous vous êtes contentés de remplir la tête de notre princesse de sottises, d’espoirs incertains et de calomnies sur le royaume.
-Je lui faisais découvrir ce que vous lui avez lâchement interdit, rectifia la Folie. Je lui ai ouvert la voie de l’amour, je lui ai montré l’endroit où toute princesse de ce rang se tourne un jour où l’autre, je l’ai conduite vers un second royaume, là où vous n’étiez sûrement plus le maître incontesté.
-La Raison vous avait mise en garde, rappela l’avocat de l’opposition. Ce n’était pas bon pour la société Anatomique que notre princesse soit envahie par un autre sentiment que le respect des lois qui érigent notre communauté.
-La Raison n’est plus là pour nous le confirmer, répondit la Folie
-La Raison est morte au combat pour sauver le peu de discipline qui subsistait en l’Anatomie, s’écria le Grand Cerveau hors de lui. Par votre faute, un pilier de notre constitution s’est effondré. Et de cela aussi vous êtes aussi coupable !
-La Raison ne pouvait accepter que l’amour puisse aussi contrôler les pensées d’Âme. Elle est aussi coupable que moi de l’état de notre princesse, vociféra la Folie. Et c’est elle, sous votre consentement Ô Grand Cerveau, qui a tiré le premier coup de feu et qui a souhaité cette bataille. Voilà ce qui vous dérange, vous au sommet de cette sphère d’argent, qui dirigez un royaume de l’Esprit sans sentiment, vous avez peur de l’amour que vous traitez comme un ennemi. Mais, jamais une fois, vous n’avez compris que c’est cet amour qui fera que votre Âme s’épanouira. Et que pour cela, il fallait l’aide de la Folie et non de la Raison. Vous avez déclenché une guerre fortuite, car jamais je ne l’ai désirée. Vous êtes le seul responsable en ayant contré ce qui ne devait pas l’être.
-J’en ai assez entendu, trancha le Grand Cerveau. Non messieurs les avocats, je ne laisserai pas de temps supplémentaire à cette crapule pour justifier ses actes de haute trahison. »
Les avocats se rétractèrent. L’ordre du Grand Cerveau les colla à leurs sièges de bois. L’Assemblée, à l’inverse, se leva, répercutant les vibrations du frottement des bancs dans tout le tribunal, prête à recevoir la sentence. Du haut de sa sphère d’argent, le président se tourna vers le Grand Jury puis il claqua dans ses mains.
« Il est temps de prendre la décision qui mettra un terme à ce chaos. Le grand Souci a décimé bien trop des nôtres pour le laisser survivre encore. Nous ne pouvons pas prendre ce risque, sachant que de tels évènements sont propices à l’invasion des virus. Membres du Corps, Membres de l’Esprit, Frères de l’Anatomie, je propose au Grand Jury l’exécution de la Folie pour l’horreur qu’elle a semée dans nos contrés et sur notre princesse vénérée…
-Assez ! hurla Âme en se relevant de toute sa hauteur. »
Le Grand Cerveau s’était tu instantanément. L’Assemblée aussi. La pauvre Âme n’avait jamais osé couper le maître du royaume de l’Esprit. Sa robe de neige flottait contre ses formes amaigries.
« Excusez-moi, Ô Grand Cerveau, mais je ne peux supporter davantage cette situation, même si vous y apposez une quelconque décision. Et je me vois obligée de réagir, une dernière fois. La Folie m’a montré le chemin de l’amour, a désigné ma sœur, celle pour qui j’ai éprouvé une tendresse que je n’imaginais pas il y a encore de cela quelques années. La Raison m’a alertée du danger probable de cette rencontre, de cet espoir aveuglé. Mais si je suis devenue ce que je demeure en ce moment même dans ce tribunal encéphalique, ce n’est ni la faute de la Raison ni celle de la Folie, mais bien de la mienne qui a voulu suivre ce tracé embrumé, semé de contraintes. Parce que je savais que je ne pouvais faire autrement, que d’attendre ne serait que plus nuisible.
-Il est encore temps de te soigner, ma petite fille, murmura le Grand Cerveau où la terreur s’esquissait peu à peu sur sa figure vieillie.
-Je ne veux pas, Ô Grand Cerveau. Et je ne suis plus votre petite fille, plus depuis que j’ai goûté au plaisir de l’amour, plus depuis que je l’ai connu. Ce n’est pas la Folie qui m’a poussée dans cette aspiration inconsciente. Désormais, le royaume de l’Esprit m’épouvante. Je ne peux plus rester seule ainsi, à contempler d’un air ingénu, votre ordre et votre discipline et m’ébahir à chaque fois que vos armées ont remporté une victoire sur un quelconque virus. J’ai savouré la chaleur de l’amour et maintenant que je ne l’ai plus, je ne peux plus subsister en ce monde froid, dépourvu d’autre princesse d’une autre patrie Anatomique. »
Sa voix claire, délicieuse, était encore plus captivante que celle du Grand Cerveau. Celui-ci, sous le joug de l’émotion, s’était rassis dans sa sphère d’argent. Le Grand Jury buvait ses paroles et frémissait à chaque fois que la tonalité partait dans les aigus. L’Assemblée quant à elle ne savait plus que dire. Les différents élus des différentes provinces de l’Anatomie se jetaient des regards effrayés les uns aux autres mais aucun ne trouvait la force de contredire leur princesse vénérée. Cette dernière bouscula son avocat et s’approcha de la Folie qui, toujours appuyée minablement sur son promontoire, conservait une attitude béate et surprise.
« Folie, reprit Âme d’une voix encore plus séduisante, il m’est impossible de te condamner pour le chemin que tu m’as montré. Certes, je souffre à présent que j’ai perdu cette sœur en qui je fondais mes espoirs, mais je ne peux malgré tout t’en vouloir de m’avoir fait déguster le plaisir des doux instants que j’ai passés. Pour tout ça, je te suis entièrement reconnaissante et je t’en remercie vivement. »
Elle se pencha et posa un baiser sur la joue de la Folie qui sembla retrouver mystérieusement toute sa force. Elle se releva et salua à son tour la princesse en une révérence gracieuse. Puis, Âme se tint face à l’Assemblée qui n’osait prononcer aucune parole.
« Membres de l’Esprit, Membres du Corps, Frères de l’Anatomie, je reconnais devant vous d’avoir moi-même souillé ma robe de pureté. Et je suis profondément désolée du mal que j’ai pu causer à l’ensemble des terres du royaume de l’Esprit et du Corps. J’ai cédé à l’égoïsme et je me suis laissée tenter par un amour qui ne m’était sûrement pas adressé. Je dois en payer le prix. »
L’Assemblée comprit. Le Grand Cerveau aussi.
« Non ! cria t-il de sa sphère d’argent. Tu n’es aucunement responsable de cette guerre, de ce chaos, de ce grand Souci.
-Si, Ô Grand Cerveau, je le suis et je le serais tant que je resterais parmi vous. »
Le Grand Cerveau paraissait avoir changé d’âge. Il ne ressemblait plus à un maître fatigué des aléas de son pouvoir, mais à un véritable vieillard à qui la vie ne tenait plus qu’à un fil. Le Grand Jury se leva et, chose surprenante, consentit aux dires de la jeune princesse.
« Je vous l’interdis, ordonna le Grand Cerveau, épouvanté.
-Vous n’avez aucune autorité sur le Grand Jury, Ô Grand Cerveau, affirma Âme de sa voix toujours aussi cristalline. C’est son unanimité qui prendra la décision. »
Le bourreau qui était jusqu’à présent resté en retrait dans l’ombre, s’avança jusque vers la jeune princesse en robe de neige. Le Grand Cerveau, terrorisé, voulut l’arrêter mais il trébucha sur l’une des marches de sa sphère argentée et tomba lourdement sur les dalles glacées du tribunal encéphalique. L’Assemblée eut un mouvement de stupeur. Le Grand Cerveau ne se releva pas. Âme, sous les yeux abasourdis des membres de l’Anatomie, se dirigea résolument vers la sortie, caressant une dernière fois la joue de la Folie qui souriait tristement. L’Assemblée s’écarta à son passage dans l’allée. Les lourdes portes s’étaient rouvertes, grondantes dans le tribunal et, comme à l’accoutumée, elles firent l’objet de toutes les attentions. La princesse, d’un air royal, sortit, accompagnée du bourreau. Elle avait pris la grande décision. Le grand Souci était désormais révolu. Elle partirait pour tout jamais du monde de l’Anatomie…
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Ven 14 Nov - 21:22

Pour une histoire pas si banale, je ne pourrais dire que des mots banals. Donc, je te dis juste que j'aime bien cette histoire et je m'en tiens là.
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Ven 14 Nov - 21:52

Okay... rien d'autre?
Tu n'aimes peut être pas la fin?
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Ven 14 Nov - 22:23

Bon boulot. Très bon boulot. Trop bon boulot.

Mets la suite, ensuite je vais dormir jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Et, en retrouvant un peu de motivation :

" Bravôô le pacôô ! "

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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Ven 14 Nov - 23:26

Euh la suite a été posté, c'est le machin qui n'est pas dans la citation, parce que ça faisait une écriture trop petite ^^'.
Enfin, si tu as lu ça, ben si, c'est la fin ^^'.
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Ven 14 Nov - 23:28

Okay...

Bon, ben c'est un joli texte, un peu triste...

*Devenir une coquille vide, quel destin ! ^^*

Et je vais aller dormir !

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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Sam 15 Nov - 0:35

Eh! J'ai déjà lu ce texte sur un autre forum (Idées et créations de livres)!!!
Et je le trouve toujours aussi génial!
Tu fais comme moi en fait, t'es sur quinze forums!
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Sam 15 Nov - 0:45

Bah c'est une autre façon de raconter l'histoire du "thrue rebel" qui se coupe les veines... mais d'une manière pus originale.

Eh oui, Marie, on les aime ces fow' ^^'.
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Sam 15 Nov - 1:24

Oui, pas mal..

Tu as sut détourné un thème trop usé, c'est assez joli.

Mais je trouve que ton texte manque de respiration, et le temps est un peu maltraité.

Tu t'arrête sur des descriptions un peu longuette et tu résumes des passages "clé".

A revoir.

Et puis fais plus vivre ton texte, entre plus dans le détail des évolutions, soit plus subtile, quoi.

La on voit arriver la fin gros comme une maison.
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Pacô
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Sam 15 Nov - 2:36

Ouais, encore que je cherche pas forcément "la chute".
M'enfin je ne pensais pas qu'elle était si prévisible que ça quand même. A partir de quand tu la vois?

Sur ce passage, j'ai plus essayé de jouer sur les métaphores et sur les figures de style en pagailles. Et j'ai rajouté une petite pincée d'une critique de la société par-dessus.
Après, n'est-elle peut être pas visible pour tout le monde...
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Sam 15 Nov - 16:00

A partir du moment ou n parle de l'amour, je trouve que la façon dont la folie parle de l'amour et la réaction des autre laisse présager la fin.
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Sam 15 Nov - 16:20

Oki, faudrait que je revois ça...
En même temps, j'ai vraiment voulu jouer sur la beauté du texte et des choses dégagées que sur la chute elle-même...
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MessageSujet: Re: Le Procès de la Folie   Aujourd'hui à 3:16

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