De l'encre dans les veines

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 L'ange du clocher

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Restawen
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MessageSujet: L'ange du clocher   Ven 25 Jan - 22:59

Une autre nouvelle écrite il y a quelques jours... Like a Star @ heaven

L’ange du clocher


La nuit était tombée depuis longtemps, il était même tôt le matin mais le ciel se teintait encore de noir. De lourds nuages couleur d’orage stagnaient suspendus à la voûte céleste, cachant de leur ombre menaçante la lune et les étoiles. C’était l’hiver et le froid était si mordant, le brouillard si épais que lorsque l’on sortait on avait l’impression d’être figé dans une cage de glace.
Deux ronds de lumière percèrent bientôt les brumes, précédant la petite voiture blanche qui avançait lentement, précautionneusement, sur le sombre ruban d’asphalte de la route. A son bord, deux hommes ouvraient grand leurs yeux, trop concentrés sur le trajet périlleux pour tenir une discussion ou ressentir la fatigue. Petit à petit, ils virent apparaître les lueurs orangées de la ville et le paysage alentour sembla s’éclaircir quelque peu. Les rues avaient l’air désertes, comme à chaque fois qu’ils y passaient à cette heure là. Pourtant ce matin ou cette nuit-là, le plus jeune des deux hommes dit à l’autre, qui conduisait :
– Attends, regarde. Tu ne vois pas quelque chose là-bas ?
A quelques mètres, une pâle silhouette marchait sur le trottoir gris, effleurant à peine le sol de son pas léger. Comme insensible au froid qui régnait sur la terre, elle était vêtue d’une longue robe blanche, sans manches, si légère et si claire que l’on eut dit de l’air à l’état solide, ou bien quelque vapeur lumineuse, comme un morceau de nuage.
Des rubans immaculés tourbillonnaient au grès des vents, se mêlant aux longs cheveux de cette étrange jeune fille qui, si fragile qu’elle pût paraître, avançait inexorablement, pieds et bras nus.
Bizarrement, il y avait quelque chose dans sa façon d’être, de bouger, qui interpela le jeune homme, comme si cette sorte d’apparition lui était familière.
– Qu’est ce qu’on fait, on s’arrête ? demanda son compagnon, perplexe et un peu inquiet.
L’autre ne répondit pas, tant il était troublé. Lorsque l’automobile arriva au niveau de la jeune fille, cette dernière tourna lentement son visage vers eux, avec dans les yeux une telle tristesse que même son sourire semblait crier sa douleur. Le temps sembla alors s’arrêter brutalement et, dans la poitrine du jeune homme, son cœur manqua un battement sous l’effet de la surprise. Il demeura quelques instants bouche bée le regard fixe, comme s’il ne pouvait croire ce qu’il était en train de voir.
Car devant lui se tenait, pas même tremblante dans cet air glacé, celle qu’il aimait, celle qui hantait son cœur et ses pensées, celle qu’il avait laissée le temps d’une nuit, celle qu’il pensait retrouver dans quelques heures quand il se réveillerait en sentant ses caresses… Mais que se passait-il donc ? Pourquoi se trouvait-elle là ? Pourquoi ses yeux étaient si sombres, si dénués d’éclat ? Pourquoi son visage, son corps semblaient-ils si lointains, si immatériels ?
Lorsqu’il eut un peu retrouvé ses esprits, le jeune homme descendit de la voiture en disant :
– Attends, je vais lui dire de monter.
Mais son ami ne répondit pas, tout pétrifié qu’il était, le regard vide, comme s’il était mort à cet instant-là, surpris par l’Eternité. Affolé, le jeune homme s’approcha de sa fiancée et murmura :
– Que fais-tu ? Tu vas te geler vivante dans cette tenue…Viens dans la voiture, on discutera plus tard.
Il fit un pas en arrière mais elle ne bougea pas d’un centimètre, l’observant toujours de ses yeux ténébreux. Elle prit une respiration et lorsqu’elle se mit à parler, sa voix résonna étrangement comme si elle venait de loin, d’ailleurs :
– Non, le froid ne peut me faire de mal. C’est le seul temps qui règne dans mon monde, avec la nuit.
– Ton monde ? Mais qu’est ce que tu racontes ?
– Tu te trompes, je ne suis pas Elle.
– Elle ?
– Celle que tu aimes.
– Mais…
– Non. Moi je ne suis que sa mort. Une sorte d’âme, un écho, un fantôme…comme tu veux.
– Arrête de dire des choses pareilles, tu es malade, tu as sûrement de la fièvre… Viens avec moi !
– Je ne bougerai pas tant que tu ne m’auras pas écoutée. Que crois-tu donc ? Que c’est Elle qui a créé cette mise en scène ? Penses-tu qu’Elle aurait pu tout arrêter du temps et du monde sauf toi ? Ouvre les yeux, voies ce que tu ignorais avant…
Il regarda autour de lui et comprit qu’elle disait la vérité : les nuées de brouillard qui avant se mouvaient lentement, les branches et les feuilles, tout ce qui auparavant était remué par les vents ne bougeait plus maintenant ; et la vision de son ami pareil à une statue de pierre n’était qu’une preuve de plus. Alors, essayant de penser qu’il avait fini par s’endormir là-bas dans la voiture et qu’il était en proie à un mauvais rêve, il décida de croire cette ombre de jeune fille et lui demanda :
– D’accord… Pourquoi es-tu ici ?
– Parce qu’Elle m’appelle…
– Quoi ?... NON !
A nouveau, il sentit son cœur faire un bond mais cette fois rien ne put l’arrêter. Paniqué, il regarda tout autour de lui et s’apprêta à partir en courant, mais elle l’arrêta.
– Non, Elle n’est pas chez Elle, sinon je ne serai pas là. Elle a réussi à rentrer dans l’église, elle monte, elle monte les escaliers, elle monte vers le clocher…. Et Elle m’appelle…
L’édifice religieux n’était qu’à quelques mètres derrière eux et la mort s’élança dans sa direction, glissant dans l’air comme si elle était faite de la même matière. Il partit sur ses talons et l’amour lui donnant des ailes, arriva avant elle à la grande porte de bois, qui était close. Il se jeta contre elle avec la rage du désespoir, mais elle ne trembla même pas.
Affolé, voyant que la mort l’avait presque rattrapé et qu’elle n’aurait certainement aucun mal à traverser les murs, il fit le tour de l’église à la recherche de la moindre petite ouverture. Il trouva enfin une petite porte derrière la bâtisse : c’était sans doute par là qu’Elle avait pu rentrer.
Toujours courant, criant Son nom, il traversa la pièce presque vide sur laquelle donnait la porte, se retrouva dans le chœur de l’église puis remonta la longue allée entre les rangées de banc. Les murs, les vitraux couleurs sang et le plafond lointain renvoyaient mille échos lugubres de ses cris et de ses pas et même s’il sentait des frissons de terreur parcourir son dos, il ne s’arrêta pas un seul instant.
Il ouvrit à la volée une dernière porte et gravit l’escalier à colimaçon qui montait au clocher, espérant de tout son cœur ne pas arriver trop tard. Il y parvint enfin et vit ce qu’il redoutait tant : Elle était là, debout sur le rebord de la haute fenêtre, dominant la nuit et le vide, vêtue d’une longue robe noire qui s’agitait au vent de sa mort, toute proche.
– Je ne voulais pas que tu voies ça,
– Tu ne pourras pas m’arrêter, dirent en même temps la jeune fille et son funeste double.
Il resta silencieux, sachant au fond de qu’elles ne feraient rien tant qu’il n’aurait pas répondu, et que tout dépendrait peut être de ses mots. Jamais de sa vie il n’avait vécu de moment aussi sombre, aussi triste.
Le clocher était une sorte de balcon qui donnait à l’intérieur sur la nef de l’église, où brûlaient encore quelques cierges dans l’obscurité. Autour de la cloche de fer, un mur semi-circulaire était percé de cinq fenêtres dont quatre fermées de vitraux représentant des anges. La cinquième s’ouvrait à l’air libre, et c’était là qu’Elle attendait, patiemment, que sa mort la pousse enfin dans le vide. Enfin, il se décida à dire :
– Pourquoi ?
– Je t’aime.
Il y eut un silence, puis Elle poursuivit :
– Je t’aime de tout mon cœur (mais il a mal), de toute mon âme (mais elle est noire). Je n’aurai jamais de repos tant que je vivrai, savais-tu à quel point je suis lâche ?
Elle se tourna vers lui et il vit des larmes couler de ses yeux bruns pour se sécher au coin de sa bouche entrouverte, si douce pour les baisers…
- Je n’ai pas ma place en ce monde, continua-t-elle, je suis sûre que vous m’oublierez… Je ne veux plus de tous ces mensonges, de ces rêves qui se brisent, de tous ces faux-semblants, de tout ce mal…. Je ne peux pas passer mes jours à vous faire souffrir ma douleur, peut être n’ai-je finalement pas eu de cœur, d’âme, ou simplement pas de chance. Mais là où je pars, je sais que mon amour pour toi ne s’éteindra jamais.
Impuissant, touché par tant de peine, il ne put que la voir se retourner une dernière fois, lorsqu’une voix retentit en lui : « Seule ta mort arrêtera la sienne. Si tu la désire, elle apparaîtra. Mais je ne peux savoir ce qui en résultera, à la fin. » Les yeux du jeune homme s’étaient un peu voilés et il comprit que la voix venait de l’église même, comme si elle avait pu avoir une âme.
Alors, dans le seul dessein de sauver Celle qu’il aimait, il se concentra pour appeler sa mort, la désirant de tout son être, de toute sa force. Il ne fut guère surpris lorsqu’elle apparut car elle lui ressemblait, en plus sombre, en moins réelle aussi. Il n’eut pas besoin de parler pour qu’elle comprît ce qu’il voulait et alla se jeter contre l’autre mort qui effleurait déjà le dos de la jeune fille.
Celle-ci vacillait lorsqu’il parvint à elle et l’entoura fermement de ses bras, la soulevant pour l’éloigner des fenêtres. Ils restèrent quelques secondes enlacés, le cœur battant et le souffle court Une sensation étrange les avait saisis : c’était comme si chacun faisait à présent partie de l’autre, qu’ils pouvaient partager pensées et sentiments ainsi, ce qui avait été la souffrance de la jeune fille et le bonheur du jeune homme s’unirent pour apporter la paix à leur âme, mais comme cela ne durait pas continuellement, ils comprirent que c’était lorsque leur mort se touchaient.
Ces deux dernières s’étaient engagées dans un combat acharné et sans se rendre compte, se rapprochaient de plus en plus de leur humain. Au moment où les deux amants pensaient que le cauchemar prenait fin ; alors qu’elle voulait éviter un coup de son ennemie, la mort du jeune homme recula brutalement et le frappa de plein fouet. Son corps alla briser l’un des grands vitraux et tomba de plusieurs dizaines de mètres, jusque sur le sol glacé. Elle avait suivi sa chute sans pouvoir l’arrêter, et hurlant son nom, la jeune fille se pencha parmi les éclats de verre pour apercevoir dans son repos éternel le visage de celui qu’elle aimait. Il état serein, comme si le jeune homme s’était simplement endormi, et de tout son être émanait une grâce infinie. Alors, pour terminer ce qu’elle n’aurait jamais dû commencer, la jeune fille se jeta dans les bras de sa mort qui l’abandonna contre le corps déjà froid de son amour.
Au bout de quelques minutes, les deux morts semblèrent s’évaporer mais un «éclair puissant traversa le ciel et un magnifique ange apparut à leur place, chargé des deux âmes qui venaient de s’endormir pour le Monde Eternel. L’ange n’était ni homme, ni femme mais sa beauté et sa douleur étaient immenses, car il savait que son destin était de pleurer à jamais la mort d’un amour sans fin.
Et il l’accomplit, demeurant éternellement dans ce funeste clocher où deux jeunes gens à l’aube de leur vie étaient morts de trop s’aimer dans un monde de haine et d’illusions.
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MessageSujet: Re: L'ange du clocher   Sam 26 Jan - 0:00

Qu'est-ce que c'est beau... c'est absolument merveilleux... Rien à dire pour améliorer. Si la perfection existait, je crois que tu l'aurais atteinte.
Les descriptions sont belles, les sentiments sont complets, ce sentiment qui n'a cessé de hurler "Beauté" pendant la lecture...
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MessageSujet: Re: L'ange du clocher   Sam 26 Jan - 12:17

MAGNIFIQUE !!! Je ne vois pas quoi ajouter d'autre !!!! Moony a tout à fait raison !!! Je suis d'accord avec elle à 200% !!!!! Tout est bien décrit et ECRIT^^!!!!! Les sentiments, les décors, les personnages (particulièrement les morts...)^^... Bravo c'est... c'est FANTASTIQUE !!!!!!!!!!!!!!!!
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MessageSujet: Re: L'ange du clocher   Sam 26 Jan - 12:22

oulalala ! mais c'est vraiment parfait ! les descriptions sont excellentes, on est tout de suite dans l'ambiance lugubre de l'histoire avec le brouillard etc.
les sentiments sont incroyablement bien décrit on comprend tout,
ton texte est superbe !
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Restawen
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MessageSujet: Re: L'ange du clocher   Sam 26 Jan - 14:04

merci Embarassed
vous voyez c'est souvent en souffrant qu'on fait les plus belles choses. c'est dur parfois... Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: L'ange du clocher   Sam 26 Jan - 15:08

c'est sublime...
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MessageSujet: Re: L'ange du clocher   Aujourd'hui à 21:17

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